REVUE DE PRESSE DU THÉÂTRE OUVERT, PARIS pour la création de Eddy, F. de pute de Jérôme Robart, mise en scène de Jérôme Robart, du 26 septembre au 16 octobre 2003 au Théâtre Ouvert, Paris.
DU CÔTÉ D’OEDIPE La Tribune (France), 9 octobre 2003 Jérôme Robart… il faut retenir ce nom. Parce qu’il possède déjà une voix bien à lui dans le petit monde des écrivains de théâtre. Après Tess, première pièce crée et remarquée il y quelque trois ans déjà, il met lui-même en scène son texte Eddy, F. de pute dans le lieu toujours magique du théâtre ouvert à la cité Véron, près du Moulin-Rouge. Eddy ou l’histoire d’une famille déchirée entre la disparition de la mère et le mensonge du père. Une mère qui aimait les hommes et l’argent. Et qui pourrait bien être celle qu’Edy croise. Dans un décor très éclaté et sombre comme la terre, les comédiens semblent possédés par cette tragédie (presque) antique. LE MAL DE MÈRE À nous Paris, 12 octobre 2003 Dans un petit village ordinaire de la campagne française, un père vit seul avec ses deux enfants, Lily et Eddy. Ils ont une vingtaine d’années et leur mère est morte dans un incendie. Accident ou assassinat ? Les rumeurs, le doute rongent Eddy qui se traîne autour de la tombe avant de partir pour la ville, en quête de signes. L’objet de cette filature obsessionnelle : la vérité. Savoir pour naître enfin. Avec cette deuxième pièce, Jérôme Robart choisit de dérouler un thème épineux et universel : le secret de famille. Tendue comme une tragédie, la pièce avance à mots comptés vers son dénouement. Tel un fossoyeur capable d’ouvrir les cercueils, l’auteur-metteur en scène nous plonge d’emblée au fond du trou, dans les décombres d’une humanité délabrée. Pas très drôle, on vous le concède. Travaillée jusqu’à l’os, la langue de Robart fait hurler la douleur de l’absence. Cinglantes, dangereuses, les incises de dialogues claquent et font résonner le profond désarroi de ces êtres meurtris. Pourtant, il n’y est question que d’amour et d’humanité. Les comédiens (Vanessa Larré, Serge Martin, Vincent Ozanon, Frédéric Polier, Jacques Probst, Juliana Samarine) épousent les errances existentielles des personnages. Une histoire intense, un héros quasi mythologique , une mise en scène minutieuse : il y a quelque chose de sacré dans ces images habillées d’une touffeur vénéneuse, une sorte de poésie fantasmatique qui viendrait de cette chiennerie de vie. JÉRÔME ROBART DONNE AU MYTHE TOUTE SA DIMENSION CONTEMPORAINE Gw.D., La Terrasse, Le journal des arts vivants en Ile-de-France, septembre 2003 « Dans sa simplicité apparente, le mythe noue et solidarise des forces psychiques multiples. Tout mythe est un drame humain condensé. Et c’est pourquoi tout mythe peut si facilement servir de symbole pour une situation dramatique actuelle » écrivait Gaston Bachelard. En accrochant cette citation en exergue, Jérôme Robart donne d’emblée la couleur de son écriture. Il tire l’encre de son inspiration dans l’essence du tragique, puise dans le creuset des mythes grecs, là où s’entrechoquent les puissances obscures qui trament le destin de l’homme, implacables. Pour sa deuxième pièce, le jeune auteur – metteur en scène emprunte ses motifs à Œdipe roi. Il nous raconte la quête d’Eddy, qui, la vingtaine volcanique, quitte son village de campagne pour chercher la vérité, pour crever l’incertitude qui plane autour de la mort de sa mère, soi-disant disparue dans un incendie quelques quinze années auparavant. On suit son errance à travers la ville interlope, la castagne de la vie, la difficulté d’advenir. On croise sa sœur Lili, enfant qui se découvre femme, le père, auteur du mensonge originel, maladroit plus pervers, une pute qui pourrait s’appeler Jocaste ou encore un vieux qui attend dans un abribus, les yeux rivés par les ans sur une photo jaunie. Jérôme Robart manie une langue étoilée de lyrisme, parfois fruste, fantasmatique. La poésie jaillit de ce frottement, entre cailloux rugueux et pépites iridescentes. EDDY, F. DE PUTE DE JÉRÔME ROBART, MISE EN SCÈNE DE L’AUTEUR Simone A, Théâtre & Toiles, 27 septembre 2003 A quoi pourrait bien ressembler Œdipe s’il vivait à notre époque ? Posée de la sorte, la question semble quelque peu simpliste car le texte écrit, pensé, ré-écrit par Jérôme Robart nous entraîne bien au-delà. Le théâtre d’avant-garde n’existe pas, n’a jamais existé ; il n’y a que le théâtre d’hier et celui de maintenant. Cette tragédie moderne car c’en est une, puise ses racines dans la mythologie grecque bien sûr mais la revisite, la prolonge, lui donne une ampleur nouvelle. Le climat est violent comme les êtres qui peuplent l’action. Chaque famille a un secret jalousement gardé peut-on alors imaginer ce qui se produirait si les langues venaient à se délier ? Le chaos ne tarderait pas à s’installer. L’auteur a également signé la mise en scène, démarche le plus souvent réductrice or ici il n’en est rien, bien au contraire, les idées jaillissant en permanence de ce qui fut écrit. Les comédiens ne jouent pas, ils vivent littéralement le texte sous nos yeux. Qui aurait le front de parler de morale alors que nous assistons à la révélation de ce qui est la quintessence de l’amour ? REVUE DE PRESSE DU POCHE GENÈVE, THÉÂTRE EN VIEILLE-VILLE, GENÈVE JÉRÔME ROBART ÉMEUT EN FILS NATUREL DU THÉATRE Thierry Mertenat, Tribune de Genève, 28 novembre 2003 L’ancien acteur dirigé par Alain Tanner signe au Poche un spectacle fort. Critique. La dernière fois que l’on a entendu la voix de Jérôme Robart, c’était il y a trois ans, à un jet de harangue du cloître des célestins, en Avignon. L’acteur jouait les bonimenteurs de passage, faisait de la retape pour une petite forme montée sur quatre routes. Le comédiens qui aujourd’hui travaillent sous sa direction au Poche parlent comme lui : vite et fort. Le lieu, pourtant, encourage la sourdine et le recueillement. Il sent la terre retournée, les enterrements bâclés, les morts violentes. Rien à voir avec la place des Corps-Saints en été : les spectateurs qui se font face, dans la pénombre et la poussière, ressemblent à des silhouettes de tombes. L’une d’elles couche sur son secret. Le malheur l’habite, au point de semer la discorde et le doute chez chacun de ses visiteurs. « A quoi tu ressembles maintenant, petite mère ? Je ne sais jamais où se trouve son visage. Si ça se trouve, depuis quinze ans, je parle à ses pieds », lance à genoux Eddy, fils d’une femme trop tôt disparue et d’un père qui lui ment. Implacable colère La pièce de Jérôme Robart met les deux pieds dans cette fratrie éclatée où la haine semble seule capable de réparer les deuils qui ne passent pas. Avec une énergie toute oedipienne, il mène l’enquête, manie la pelle, questionne les helminthes qui ribotent en silence sous les pieds du public. La dérobade, ici, n’est plus possible. L’auteur dirige comme il écrit : sans ménagement. Il faut des acteurs prêts à en découdre avec cette langue ordinairement effrayante, maculée d’une implacable colère, moins portée sur les mots que sur le geste et l’action. « Je creuse et je me creuse », lâche dans le noir l’un des personnages. Les six interprètes font de cette consigne la lettre de leur jeu. Il sont tous remarquables, de bout en bout au service d’un univers à la fois physique et mental qui vient piller ses répliques dans nos cauchemars pour mieux ensuite nous réveiller à la scène. Rien alors ne nous échappe durant cette heure et demie de représentation filant droit vers la vérité. Serge Martin a le regard terrible du géniteur traqué, Jacques Probst la voix qui saigne et Frédéric Polier le corps échoué, à mi-chemin entre la vie et la mort. Ce même chemin qu’arpente Juliana Samarine dans des traversées magnifiques qui creusent des sillons de douleur. Enfin, il y a les comédiens que l’on découvre et que l’on aime à la première phrase, tant ils sont justes dans leurs jeux interdits : Vanessa Larré et Vincent Ozanon. Ce dernier termine le spectacle par une fable animalière, après avoir demandé à son metteur en scène de remettre la lumière de service. Une fable que l’on avait déjà entendue l’été passé, sans la comprendre, lors de la présentation des spectacles choisis par Françoise Courvoisier. Elle prend tout son sens aujourd’hui. |