PASSION DE LA DÉCOUVERTE Jean-Michel Olivier, Scènes Magazine, septembre 2003 ENTRETIEN : FRANÇOISE COURVOISIER Née à Genève dans une famille de musiciens, Françoise Courvoisier achève ses études classiques (grec-latin) et musicales (piano) à la fin des années 80, puis devient comédienne et joue sur les scènes romandes et francophones sous la direction de Benno Besson, Jorge Lavelli, Michel Voïta, Alain Françon et beaucoup d’autres. Au début des années 90, elle se lance dans ses propres spectacles, adaptant, traduisant, écrivant et mettant en scènes les textes qui lui communiquent leur « force de vie ». On se souvient, bien sûr, de Grisélidis, crée en 1993 au Grütli, puis, plus récemment, de Mal de mère au Théâtre Am Stram Gram, des Petites histoires horizontales au Théâtre de la Grenade et de Poussière d’étoiles, spectacle de textes et de chansons crée aussi à la Grenade, puis repris à Sion et à Toulouse. Nouvelle directrice du Théâtre de Poche, rebaptisé Le Poche Genève, Théâtre en Vieille-Ville, elle nous livre ses premières impressions et nous parle de son prochain spectacle. Entretien. A la tête du Théâtre de Poche, vous succédez à Philippe Morand qui a su imposer avec succès beaucoup de créations contemporaines. Aurez-vous les mêmes objectifs ? Depuis la création du Poche, en 1948, privilégier les textes contemporains a toujours été un objectif fondamental. Pour ma part, je préfère parler de découvertes. Car dans l’écriture contemporaine, il y a déjà des classiques, comme Xavier Durringer ou Yasmina Reza, par exemple. Une des tâches du Poche, c’est aussi de faire découvrir des auteurs peu ou pas connus, d’en prendre le risque si l’on estime que leur texte peut apporter quelque chose au public. Et c’est tant mieux si elle n’a pas encore été montée, si elle est encore vierge de tout jugement ! Je pense que ce sont aussi ces surprises-là qui ont su attacher au Poche un public curieux et attentif. Pourquoi ne pas poursuivre l’aventure ? Quels sont les auteurs, les thèmes que vous désirez aborder ? D’une façon générale, j’aimes les auteurs qui bousculent. Je veux dire par là qu’ils ne sont pas tièdes, qu’ils savent susciter de la vie sur un plateau. Et dans un second temps, faire appel aux émotions autant qu’à la réflexion des spectateurs. Quant au thème de cette première saison, je constate qu’un fil rouge s’est tissé, d’auteurs à auteurs, lui insufflant une cohérence qui me plaît. Que ce soit Robart avec son Eddy, F. de pute ou Olmi avec Les Nuits sans lune, Wesker avec Racines, etc. Tous s’interrogent sur les critères moraux existant depuis des millénaires dans notre culture. Chacun a bien sûr une faço de les formuler qui lui est propre. « Sont-ce les émotions qui rendent humain, ou les lois ? » demande Robart. Véronique Olmi, de sont côté, se demande si ce sont les barrières qui créent les interdits, ou le contraire. Noëlle Revaz explore dans Rapport aux bêtes l’incapacité à communiquer d’un paysan, et Arnold Wesker lui fait écho avec Racines, qui pose aussi la question du langage. Quand à Grisélidis Réal, on le sait, plus que toute autre, elle cherche à briser les tabous, à ébranler nos préjugés… C’est le deuxième spectacle que vous montez d’après des textes de Grisélidis Réal. Comment avez-vous connu cette auteure ? Par son écriture qui m’a d’abord surprise, puis subjuguée. C’était Le Noir est une couleur. Une écriture puissante et sensuelle, porteuse d’une incroyable énergie. Je suis loin d’être d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais c’est un auteur passionné et passionnant, un auteur qui fait réagir. Qu’est-ce qui a changé en vous, en elle, depuis le premier spectacle que vous avez monté à partir de textes de Grisélidis Réal en 1993 ? Je crois qu’elle est allée encore plus loin dans une dimension existentielle, dans un équilibre entre les choses terre-à-terre et son désir d’embrasser le monde. Cette deuxième adaptation de l’œuvre de Réal tentera de bien faire exister ces deux pôles, ces constants balancements entre la réalité et l’imaginaire… Ce spectacle porte un très beau titre : Les Sphinx du macadam. Dans le mot sphinx, il y a la force, l’éternité, le mystère… On met de côté les horreurs qui accompagnent la prostitution forcée. Ce n’est pas le propos de la pièce. On parle ici de femmes qui pratiquent librement et remplissent la tâche d’assouvir les manques sexuels d’une partie de la population. Depuis la Bible, le personnage de la prostituée fascine l’imaginaire occidental. Il est tantôt magnifié, tantôt bafoué. Il suffit de se promener dans le quartier des Pâquis pour voir tous ces regards dérobés, détournés, honteux. Bien sûr, on ne leur jette plus de pierres ! Mais ce mélange de rejet et de désir n’a pas changé depuis la nuit des temps. N’est-ce pas l’argent, au cœur de cette transaction, qui pourrit tout ? L’argent est au cœur de tout dans notre société. Même du mariage. Combien de femmes, note Grisélidis, sont-elles entretenues par un mari riche ? Les sphinx du macadam est un montage de textes écrits par Grisélidis Réal. Comment avez-vous procédé ? J’ai puisé dans les romans de Grisélidis, mais aussi dans ses interviews, ses poèmes, sa correspondance avec Jean-Luc Hennig, qui a donné La Passe imaginaire. Une véritable mine d’or en matière de théâtralité. Comment avez-vous choisi les comédiens de la pièce ? J’ai déjà dirigé Margarita Sanchez dans une pièce de John Arden, Vous vivrez comme des porcs, créée il y a trois ans au Grütli. J’aime sa force de vie. Et comme cette force est importante chez Réal, le choix de Margarita Sanchez m’est apparu comme une évidence. Je voulais un triangle de femmes complémentaires. Romaine de Nando a quelque chose d’énigmatique et de mystérieux. Doris Ittig est plus terrienne et apporte une dimension comique nécessaire. On pourrait dire que la première est le feu, la deuxième l’air, la troisième terre. Pascal Rebetez incarne un personnage qui n’appartient pas au monde de la prostitution et sert de lien entre les Sphinx du macadam et les spectateurs. Quant à Bartek Sozanski, il incarne une sorte d’ange qui serait pourvu des deux sexes à la fois : un travesti de rêve. MARGARITA SANCHEZ OU L'AMOUR DU THÉÂTRE Jean-Michel Olivier, Scènes Magazine, septembre 2003 Margarita Sanchez a deux amours : son pays, l’Espagne, où elle est née en 1957, et la Suisse, où elle est venue, par amour, il y a treize ans. Il faudrait rajouter : le flamenco, la chanson française et, bien sûr, le théâtre. Elle baigne en effet dans l’univers théâtral depuis l’enfance, puisque son père était metteur en scène et comédien. Elle étudie d’abord la danse et le théâtre, puis commence à chanter. Après deux stages avec Ariane Mnouchkine, à la Cartoucherie de Paris, elle achève sa formation à l’école Serge Martin à Genève. Au théâtre, elle a joué Claudel, Shakespeare, Molière et, parmi les contemporains, Michel Vinaver, Federico Garcia-Lorca, Max Frisch et Olivier Chiacchiari. Mis en scène par François Truan, au Théâtre du Grütli, l’un de ses plus beaux rôles fut celui de Julie de l’Espinasse dont elle rendait vibrante et âpre la correspondance. Elle donnait corps et voix, littéralement, à cette femme exceptionnelle du XVIIIème siècle, amie de Diderot, Voltaire ou d’Alembert. On se rappelle son rôle de mère dans Drame d’Olivier Chiacchiari, mis en scène par Claude Stratz à la Comédie et, plus récemment, de la Grande Rachel, dans la pièce de John Arden, Vous vivrez comme des porcs, mise en scène par Françoise Courvoisier. Elle y incarnait une prostituée au grand cœur, forte en gueule et menant sa vie avec une liberté farouche. Sa voix profonde (qui fait penser à Annie Girardot) a des modulations secrètes et bouleversantes, du cri à la supplication, de l’ironie à l’amour fou, du coup de fouet au velours le plus tendre. Sa présence sur scène est un gage, toujours, d’émotions et de surprises. Depuis 1994, Margarita Sanchez a créé plusieurs spectacles de chansons (Brel, Brassens, Piaf, Fréhel, etc) qui ont tourné avec succès d’un bout à l’autre de la Suisse romande. Son dernier tour de chant, consacré aux chansons de la Belle Époque, a été repris plusieurs fois. LES SPHINX DU MACADAM AU THÉÂTRE LE POCHE Propos recueillis par Philippe Renaud et Daniel Maggetti, directeur de la revue Ecriture, Scènes Magazine, septembre 2003 Pour nous, Grisélidis Réal est une authentique femme écrivain, supérieurement douée, et d’une totale originalité, d’une force impressionnante. Sa littérature en tant que telle est l’antipode d’une enjolivure, d’une dorure plaquée sur la noire matière : c’est un diamant phosphorescent, un soleil noir. Y a-t-il eu, dans votre enfance et/ou votre jeunesse, un ou plusieurs événements qui vous ont donné l’idée ou le désir d’écrire des livres ? L’événement le plus lointain dont je me souvienne est que ma mère (peut-être pour me tenir tranquille) m’a appris à lire à l’âge de cinq ans, je lui en serai éternellement reconnaissante. La lecture est pour moi une passion capitale, et pour pouvoir écrire il faut énormément lire, c’est indispensable. Quant à l’écriture, elle a débuté pour moi sous forme de jeu, dans le grand jardin qui entourait la maison d’Alexandrie où nous vivions avec nos parents. C’est là, à l’âge de six ans, que je passais des heures à dessiner dans la terre avec un petit bâton des personnages illustrant des histoires que, ne sachant pas encore écrire, je me racontais à haute voix. J’avais aussi un ami, un acacia à fleurs d’or à qui je parlais. Mais c’est véritablement à l’âge de dix ans, dans le jardin d’une maison au-dessus de Lausanne, de retour en Suisse avec ma mère et mes sœurs après la mort de notre père, que la vocation de l’écriture fut jetée en moi comme une bouteille à la mer par la dame propriétaire de ce jardin. Evénement moitié douloureux et moitié glorieux, puisque j’avais volé à l’espalier qui faisait sa fierté le plus bel abricot, le plus gros, le plus doré, le plus mûr, pour m’en repaître en secret. Ce terrible larcin une fois découvert et m’ayant fait avouer mon crime, ma mère m’obligea à rédiger à la propriétaire une lettre d’excuses et cette dame, dans sa bonté, non seulement me pardonna, mais prononça cette phrase prophétique que je n’ai jamais oubliée : «Vous devriez écrire plus tard. » Quels sont les livres qui vous ont particulièrement marquée dans votre jeunesse ? Etes-vous restée fidèle aux mêmes écrivains, ou ont-ils été supplantés par d’autres au fil des années ? – Quels sont aujourd’hui vos livres préférés ? Les deux livres qui m’ont particulièrement marquée dans ma jeunesse (on peut même dire dans l’enfance) sont Ben Kiki l’invisible de Simone Ratel, illustré, et La Petite Sirène, d’Andersen. Ben Kiki l’invisible, livre sans doute disparu des librairies, était une féerie merveilleuse qui décrivait des moustiques « humanisés » chantant, dansant, musiciens vivant dans des maisons de fleurs, mangeant des pâtisseries et tous balayés par le vent lors d’une tempête qui avait tout détruit. Ce livre m’avait enchantée en me donnant la vraie dimension d’art tragique et inéluctable de la vie et de la fête… Quant à La Petite Sirène, qui avait voulu se transformer en jeune fille pour séduire le Prince dont elle était amoureuse, et dont les pauvres pieds si fragiles qui avaient remplacé sa queue de poisson saignaient et se déchiraient à chacun de ses pas… oh combien je me suis identifiée, bien plus tard, à l’héroïne de ce livre prémonitoire, quand devenue Putain je marchais des nuits entières, brisée, anéantie sur les pavés et les trottoirs qui m’écorchaient et me brûlaient les pieds, en rasant les murs de crainte de la police, à Munich, Nuremberg, et plus tard Genève, pour survivre et nourrir mes enfants kidnappés en cachette des Autorités Tutélaires… Je crois que, comme tout ce qui touche à l’enfance, ces deux livres ont gardé en moi une place indélébile, même si plus tard je me suis passionnée pour tant de magnifiques écrivains : Panaït Istrati, Henry Miller, Céline, Blaise Cendrars, Kafka, Jean Genet, Antonin Artaud, Georges Bataille, Colette, Dostoïevski, Albertine Sarrazin, Francis Giauque, Claude Aubert, Eluard, Anna Akhmatova et tant d’autres que je ne peux citer tous, cela remplirait plusieurs pages ! Vous êtes diplômée d’une école zurichoise de beaux-arts. – Quel a été votre rapport à la peinture, et quel est-il actuellement ? – Quels sont les peintres que vous aimez le plus ? Je suis diplômée plus exactement d’une école d’art de Zurich nommée Kunst-Gewerbe Schule, c’est-à-dire « Arts et Métiers ». Je dois avouer que bien que j’aie obtenu un des meilleurs diplômes, je faisais le désespoir de certains professeurs, étant incapable de copier quoi que ce soit et ne comprenant rien à la perspective, j’inventais des personnages à la mesure de mes rêves et suivant mon imagerie personnelle, niant allégrement la présence des modèles ou des objets proposés à l’étude. Il est clair que pour moi, peindre sera toujours l’expression et la réalisation de mes visions intérieures, comme un double mythique et symbolique de la réalité transcendée à l’échelle légendaire. Parmi mes peintres préférés, il y aura donc Van Gogh, Gauguin, Gustave Moreau, Modigliani, Magritte, Paul Delvaux, Chaïm Soutine, Max Ernst, Yves Tanguy, et bien sûr Picasso, Braque, Kandinsky, Chagall, Jawlensky, Klee, le Douanier Rousseau, Séraphine de Senlis, Leonor Fini, Jacqueline Fromenteau, Salvador Dali. Auriez-vous la gentillesse de nous raconter vos débuts d’écrivain ? Mes débuts « d’écrivain » (titre auquel je n’aurais pas l’outrecuidance de prétendre d’ailleurs) ont pratiquement eu lieu le jour où Bertil Galland a édité dans la revue Ecriture Nº 6 en 1969 le premier chapitre de mon premier livre Le Noir est une couleur alors intitulé « Chair vive ». Je me souviens encore de la sortie de ce numéro 6 qui consacrait deux jeunes écrivains : Anne-Lise Grobéty et Jean-Marc Lovay, lauréats ex-aequo du Prix Georges Nicole, et de la fête somptueuse qui avait suivi dans un grand palace à Ouchy, fleurs, vin rouge, festin merveilleux… Après le succès du Noir est une couleur, le monde littéraire romand vous a adoptée. Quels sont les auteurs avec lesquels vous vous êtes liée ? – Avez-vous des rapports suivis avec des écrivains d’ici ? Après la sortie de mon livre Le Noir est une couleur, qui eut lieu à Paris aux Editions Balland en 1974, j’ai rencontré beaucoup d’écrivains, en Suisse et en France. J’en connaissais certains déjà avant la sortie du livre. En Suisse il y a eu surtout Maurice Chappaz, Jacques Chessex, et en tout premier Jean Ziegler rencontré par hasard en faisant de l’auto-stop à la campagne (avec ma fille en revenant d’une visite à un de ses frères), car je lui avais montré le livre encore à l’état de manuscrit, et il m’avait beaucoup encouragée. J’ai aussi la plus grande reconnaissance pour Alphonse Boudard qui fut le « parrain » du titre Le Noir est une couleur. Ensuite, je fus admise au sein de la Société Genevoise des Ecrivains, puis de la Société Suisse des Ecrivains, parrainée par plusieurs écrivains amis courageux, de sorte que j’entrai dans cette immense famille tout en exigeant d’être toujours inscrite dans les répertoires sous la profession de « péripatéticienne » pour sauver l’honneur et marquer le coup. À Genève et en Suisse romande, j’ai eu (et j’en ai encore même de loin en loin) des rapports suivis avec des écrivains pour lesquels j’ai la plus grande affection et admiration, tels qu’Henri Noverraz, Philippe Renaud, Michel Viala, Françoise Courvoisier, Jean Ziegler, Barbara Schreyer (poétesse), Michèle Joz-Roland, sans oublier les écrivains disparus mais non oubliés: Claude Aubert, José Herrera, Gilbert Trolliet, Jean Cuttat, Ludwig Hohl, Odette Renaud-Vernet, Corinna Bille. Et j’oubliais, dans les VIVANTS :Alexandre Voisard, Georges Borgeaud, Nicolas Bouvier et Jean-Luc Hennig. Le « succès international »?… Tout d’abord, il faut bien le dire, le fait que son éditeur parisien ait fait faillite (Les Editions Manya, petite maison courageuse mais sans moyens, trop de frais, trop de risques sans doute), et que tout l’argent des ventes soit maintenant acheminé automatiquement chez un « liquidateur judiciaire », cela vous apprend à être modeste et à savoir que l’écriture étant une passion et même une passion CRIMINELLE, il ne faut pas s’attendre à des récompenses autres que celle d’avoir œuvré « pour le mieux ». LES SPHINX DU MACADAM Lisbeth Koutchoumoff, Le Temps • Sortir, 11 septembre 2003 Françoise Courvoisier, nouvelle directrice du Poche, ouvre sa première saison avec un de ses auteurs fétiches, Grisélidis Réal. Les Sphinx du macadam rassemble textes, poèmes et interviews de l’écrivain genevois, plus connue pour son engagement en faveur des prostituées, du moins dans le grand public, que pour ses écrits. En 1993, Françoise Courvoisier avait signé une adaptation théâtrale de La Passe imaginaire, la correspondance de Grisélidis Réal avec Jean-Luc Hennig. Ce nouveau spectacle prolonge cette première approche avec cinq comédiens, en scène. Flot tellurique, la prose de l’auteur embrasse dans un même mouvement la crudité du réel et son pendant imaginaire. MYTHIQUES PUTAINS Bernadette Richard, Fémina Ecrivaine, fondatrice d’une association pour la défense des prostituées, Grisélidis Réal a obtenu pour elle-même et ses collègues du trottoir un certificat de bonnes mœurs. Ce spectacle, mis en scène par Françoise Courvoisier, a été conçu à partir de textes, poèmes, correspondance et interviews de la célèbre péripatéticienne genevoise, qui se fit connaître il y a trente ans avec son roman Le noir est une couleur. Ici, le spectateur est projeté dans la dualité de l’existence quotidienne des prostituées : entre violence, colère, amour fou, soif de vivre. En tant que femme de plume, Grisélidis Réal passe sans cesse de l’extase au désespoir, son écriture jette un pont entre les choses de l’esprit et celles de la misère humaine avec une tendresse rarement égalée. AMOURS FAUVES À GENÊVE Alexandre Demidoff, Le Temps, 24 septembre 2003 Elle est fauve et on la dévorerait, Margarita Sanchez, au Poche à Genève. Elle a du chien, short en cuir noir, dans le rôle de Solange, courtisane et matador blessée à mort dans Les Sphinx du macadam. Quant à Françoise Courvoisier, novelle directrice des lieux, elle a des élans de cœur irrépressibles et des fidélités. Pour sa première mise en scène en tant que maîtresse de maison, elle renoue avec Grisélidis Réal, écrivain et prostituée qui lui a inspiré naguère un premier spectacle. Elle la détrousse de poèmes et extraits d’interview, cousant main un drame évidemment déchirant…. LES SPHINX DU MACADAM Anne-Sylvie Springer, L'Hebdo, 25 septembre 2003 Après les friponnes Petites Histoires horizontales, Françoise Courvoisier s’attaque de front, et sans fausse pudeur, au sujet de la prostitution. Construite autour d’un assemblage de textes de Grisélidis Réal, figure de proue de l’Association genevoise pour la défense des prostituées, la pièce parvient à fusionner, dans une mise en scène fougueuse et hétéroclite, les détails sordides des passes rapides et les envies d’infini de ces artisanes de l’ombre comme parties prenantes d’une même réalité. Entre poésie et provocation, la pièce a valeur de témoignage. |