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LA PALME DU LOUFOQUE
EST POUR LE POCHE
Benjamin Chaix, Tribune de Genève
24 novembre 2004

Le plaisir monte Sans ascenseur grâce à des dialogues impayables.

Sébastien Thiéry. Un nom à retenir. Son premier texte porté à la scène se révèle d’une drôlerie irrésistible. L’auteur et ses partenaires Manuel Le Lièvre et Deborah Banoun font croire à des situations si comiques et inattendues qu’on s’en amuse d’un bout à l’autre du spectacle.

Rencontre au restaurant
Impossible à raconter, proprement inénarrable, Sans ascenseur commence comme une banale rencontre au restaurant. Pour virer ensuite au conte à dormir debout, sous la forme de conversations surréalistes entre Sébastien Thiéry et Manuel Le Lièvre. Ce dernier, qui est à lui seul une révélation, met le public de son côté dès les premières répliques. Quand à la voix de Jacques Weber, elle est divine…
Avec Jean-Michel Ribes à la mise en scène et Jean-Marc Stehlé au décor (l’intérieur d’un gros nuage bleu), Sans ascenseur bénéficie de talents éprouvés qui contribuent bien sûr à la réussite de cet exercice aussi casse-gueule que pas casse-pieds.

 

RIBES EN ARTISTE DÉFROQUÉ
Michel Caspary, 24 heures
24 novembre 2004

RENCONTRE Le patron du Théâtre du Rond-Point, à Paris, ne jure que par les auteurs contemporains, loin des grandes messes culturelles. La preuve en acte au Poche Genève.

LES FAITS Auteur, metteur en scène, acteur et réalisateur, né à Paris, Jean-Michel Ribes présente en création depuis lundi au Poche-Genève la première pièce d’un jeune auteur français, Sébastien Thiéry, Sans ascenseur. Poésie absurde et quotidien cocasse : une petite forme pour évoquer de grandes questions philosophiques.

Il déambule, tranquille, juste avant le début de la représentation, lundi soir au Poche Genève, puis s’installe sur son siège, taquinant les critiques. A la sortie, sous les vivats, pas plus de stress, encore moins de forfanterie. Juste le plaisir d’avoir pu partager ce qu’il aime.
Des premières, il en a connu, Jean-Michel Ribes, depuis sa première pièce, en 1970, Les fraises musclées – ça fait penser à celles, sauvages, de Bergman, mais ce n’est pas du tout le même registre ! Cette fois-ci, cependant, il ne fait que mettre en scène. La pièce, Sans ascenseur, est la première pièce de Sébastien Thiéry (34 ans), par ailleurs comédien. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Humour acidulé
Ce n’est pas Jean-Michel Ribes qui le contredira. Sauf erreur, il ne joue plus guère, mais il enchaîne les mises en scène, les textes et les succès. De Tout contre un petit bois au Théâtre sans animaux, en passant par Brèves de comptoir, il collecte les prix. Il est sans doute actuellement l’auteur vivant le plus joué sur les scènes francophones, avec Jean-Claude Grumberg et Yasmina Reza, à la fois par des pros et des amateurs. « La seule condition est que je monte en premier mes propres pièces. Après, je cède volontiers les droits. Il y a des bonnes surprises et des catastrophes. C’est pour ça que je ne vais pas tout voir. Ce n’est pas un problème, je ne suis ni un gourou ni un censeur. »
Jean-Michel Ribes serait plutôt du genre artiste défroqué, habitué aux honneurs, mais pourfendant les grandes messes culturelles. « On n’est pas là pour lécher le cul à la culture. Il faut surprendre. L’esprit de sérieux tue tout. Un peu d’audace ! Aller au théâtre ne doit pas être une punition. » Pas de subversion provocatrice pour autant : il y a une patte Jean-Michel Ribes, à la fois dans les mots et dans les formes. Une forme d’humour acidulé, d’insolence indirecte qui donnent à beaucoup de ses spectacles charme et profondeur. Ce qu’il défend surtout, c’est l’écriture contemporaine, la sienne, mais surtout celle des autres. Il dirige depuis 2002 les trois salles (100, 200 et 800 places) du Théâtre du Rond-Point, à Paris : 40 spectacles cette saison, et « que des auteurs contemporains ! », souligne-t-il.
En ce sens, la collaboration entre le Rond-Point et Le Poche Genève initiée avec ce spectacle apparaît logique. Sa collègue, Françoise Courvoisier, défend les mêmes options. Elle devrait sans doute à son tour mettre en scène un texte dans la salle parisienne, la saison prochaine ou la suivante.
Ce n’est pas le seul lien avec la Suisse : depuis plusieurs spectacles, Ribes travaille avec le scénographe Jean-Marc Stehlé, qui a tant fait pour émerveiller le public de Philippe Mentha et de Benno Besson. Il a conçu ici une boîte avec battants qui tourne dans les nuages, comme une lampe magique dans une chambre d’enfant. Sauf que la fable, ici, est pour adultes.

 

DÉLICIEUX DÉCALAGES
Michel Caspary, 24 heures
24 novembre 2004

CRÉATION Sans ascenseur, de Sébastien Thiéry, ou comment prendre son pied.

C’est tout simple : deux quidams, sorte de clowns beckettiens (Manuel Le Lièvre et Sébastien Thiéry), font connaissance dans un bistrot, discutent de tout, de rien, de leur vie, chantent Heroes, de Bowie, et tentent de devenir amis. Face à eux, une femme, la serveuse (Deborah Banoun), et pas genre commode.
Les dialogues fusent à tous les étages. C’est vif, drôle (la séquence sur les chauves est carrément irrésistible), avec cette petite question qui turlupine : comment trouver sa place parmi les gens, dans le monde ? Des propos en apparence décousus : « Nous sommes tous comme ça au quotidien, dit Jean-Michel Ribes ; on occupe le temps avec des mots. » Parfois curieux, souvent désemparé.
Ici, l’art est de garder le mode de la rupture sans lasser, de ne pas virer côté café-théâtre. C’est quasi parfait. Cette poésie burlesque, cette étrangeté, rappellent Dubillard ou Cami. Du coq-à-l’âne pour évoquer la bête humaine.

 

LE POCHE SE RETROUVE
« SANS ASCENSEUR »
Benjamin Chaix, Tribune de Genève
19 novembre 2004

Jean-Michel Ribes lance un auteur sur la scène genevoise. Rencontre.

Jean-Michel Ribes trône sur le canapé de velours du Poche. On dirait que Françoise Courvoisier redoute autant que son confrère du Théâtre du Rond-Point le « courtoisement correct ». Les murs du bureau de la rue de la Boulangerie ont été repeints en rouge, rose et orange. Electrisant.
« Françoise Courvoisier est venue me voir à Paris et nous avons beaucoup sympathisé », témoigne Jean-Michel Ribes. « Je trouve ses programmations créatives et touchantes. Par exemple cette idée de donner la parole à une prostituée vivant ici. Ou le regard de Michel Viala sur un établissement pour personnes âgées. Il y a dans ces textes un vrai rapport au monde. Et ça sort de la convention. J’aime ça. »
De cette bonne entente est né le projet de créer au Poche la première pièce de Sébastien Thiéry, Sans ascenseur, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes.

Petit déjeuner à domicile
Pour attirer l’attention du directeur du Théâtre du Rond-Point, le jeune auteur a commencé par… lui livrer un petit déjeuner à domicile ! « C’était huit heures du matin. Il y avait un mot sur le plateau disant qu’on se verrait quand je lui rendrai la vaisselle. J’ai trouvé ça culotté et inventif. Ça m’a plu. C’était un acte théâtral. Une vraie performance. »
Le culot de Sébastien Thiéry a payé. Sa pièce Sans ascenseur sera jouée par Manuel Le Lièvre et lui-même en création mondiale au Poche Genève, puis dès le 7 janvier au Théâtre du Rond-Point à Paris.
« Sébastien Thiéry est un comédien qui a eu envie d’écrire un rôle pour lui-même. Comme Yasmina Reza l’a fait à ses débuts. C’est ainsi qu’elle est devenue auteur de théâtre. J’aime beaucoup le texte de Sébastien. Il est plein d’humour et de cocasserie. Très original et pas donneur de leçon. »
« La cocasserie doit être présente dans le théâtre », insiste Jean-Michel Ribes. « Il faut de la fantaisie, un peu de folie légère, pour se distancer de l’immense entreprise de théâtre « punition » qui vide les salles. »
Les siennes, au nombre de trois au Théâtre du Rond-Point, sont tout le temps pleines. « Et pourtant nous jouons quatre à six spectacles par jour. Plus une place pour ma pièce Musée Haut, Musée Bas, à l’affiche depuis le 21 septembre. Nous la reprendrons sans doute la saison prochaine. Et grâce à un accord avec la chaîne Arte, qui diffuse six pièces du Rond-Point chaque année, Musée Haut, Musée Bas sera disponible sur DVD. »
Que pense Jean-Michel Ribes de la formule « création mondiale » à propos d’un spectacle à deux personnages donné dans un petit théâtre genevois ?

Les petits lieux
« Elle est parfaitement justifiée. Il n’y a pas de petits lieux dans le monde, mais seulement des petites personnes. L’importance n’est pas affaire de superficie, de missiles, de puissance ou d’argent. Et les personnes grandes sont aussi dans les petits lieux. Comme ici. »
Parmi elles, il y a Jean-Marc Stehlé, qui signe le décor de Sans ascenseur, ainsi que les auteurs des lumières, du son et des costumes, Gérard Monin, Samuel Gutman et Juliette Chanaud. « Le théâtre est un art qui se fait ensemble », rappelle Jean-Michel Ribes. « Nous sommes tous biologiquement liés. Ne dit-on pas que Molière mal joué n’est pas un bon auteur ? »

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Dernière modification - 16.06.2008