| Le plaisir monte Sans ascenseur grâce à des dialogues impayables. Sébastien Thiéry. Un nom à retenir. Son premier texte porté à la scène se révèle d’une drôlerie irrésistible. L’auteur et ses partenaires Manuel Le Lièvre et Deborah Banoun font croire à des situations si comiques et inattendues qu’on s’en amuse d’un bout à l’autre du spectacle. |
| RENCONTRE Le patron du Théâtre du Rond-Point, à Paris, ne jure que par les auteurs contemporains, loin des grandes messes culturelles. La preuve en acte au Poche Genève. LES FAITS Auteur, metteur en scène, acteur et réalisateur, né à Paris, Jean-Michel Ribes présente en création depuis lundi au Poche-Genève la première pièce d’un jeune auteur français, Sébastien Thiéry, Sans ascenseur. Poésie absurde et quotidien cocasse : une petite forme pour évoquer de grandes questions philosophiques. Il déambule, tranquille, juste avant le début de la représentation, lundi soir au Poche Genève, puis s’installe sur son siège, taquinant les critiques. A la sortie, sous les vivats, pas plus de stress, encore moins de forfanterie. Juste le plaisir d’avoir pu partager ce qu’il aime. Des premières, il en a connu, Jean-Michel Ribes, depuis sa première pièce, en 1970, Les fraises musclées – ça fait penser à celles, sauvages, de Bergman, mais ce n’est pas du tout le même registre ! Cette fois-ci, cependant, il ne fait que mettre en scène. La pièce, Sans ascenseur, est la première pièce de Sébastien Thiéry (34 ans), par ailleurs comédien. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. |
| CRÉATION Sans ascenseur, de Sébastien Thiéry, ou comment prendre son pied. C’est tout simple : deux quidams, sorte de clowns beckettiens (Manuel Le Lièvre et Sébastien Thiéry), font connaissance dans un bistrot, discutent de tout, de rien, de leur vie, chantent Heroes, de Bowie, et tentent de devenir amis. Face à eux, une femme, la serveuse (Deborah Banoun), et pas genre commode. Les dialogues fusent à tous les étages. C’est vif, drôle (la séquence sur les chauves est carrément irrésistible), avec cette petite question qui turlupine : comment trouver sa place parmi les gens, dans le monde ? Des propos en apparence décousus : « Nous sommes tous comme ça au quotidien, dit Jean-Michel Ribes ; on occupe le temps avec des mots. » Parfois curieux, souvent désemparé. Ici, l’art est de garder le mode de la rupture sans lasser, de ne pas virer côté café-théâtre. C’est quasi parfait. Cette poésie burlesque, cette étrangeté, rappellent Dubillard ou Cami. Du coq-à-l’âne pour évoquer la bête humaine. |
| Jean-Michel Ribes lance un auteur sur la scène genevoise. Rencontre. Jean-Michel Ribes trône sur le canapé de velours du Poche. On dirait que Françoise Courvoisier redoute autant que son confrère du Théâtre du Rond-Point le « courtoisement correct ». Les murs du bureau de la rue de la Boulangerie ont été repeints en rouge, rose et orange. Electrisant. « Françoise Courvoisier est venue me voir à Paris et nous avons beaucoup sympathisé », témoigne Jean-Michel Ribes. « Je trouve ses programmations créatives et touchantes. Par exemple cette idée de donner la parole à une prostituée vivant ici. Ou le regard de Michel Viala sur un établissement pour personnes âgées. Il y a dans ces textes un vrai rapport au monde. Et ça sort de la convention. J’aime ça. » De cette bonne entente est né le projet de créer au Poche la première pièce de Sébastien Thiéry, Sans ascenseur, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes. Petit déjeuner à domicile Pour attirer l’attention du directeur du Théâtre du Rond-Point, le jeune auteur a commencé par… lui livrer un petit déjeuner à domicile ! « C’était huit heures du matin. Il y avait un mot sur le plateau disant qu’on se verrait quand je lui rendrai la vaisselle. J’ai trouvé ça culotté et inventif. Ça m’a plu. C’était un acte théâtral. Une vraie performance. » Le culot de Sébastien Thiéry a payé. Sa pièce Sans ascenseur sera jouée par Manuel Le Lièvre et lui-même en création mondiale au Poche Genève, puis dès le 7 janvier au Théâtre du Rond-Point à Paris. « Sébastien Thiéry est un comédien qui a eu envie d’écrire un rôle pour lui-même. Comme Yasmina Reza l’a fait à ses débuts. C’est ainsi qu’elle est devenue auteur de théâtre. J’aime beaucoup le texte de Sébastien. Il est plein d’humour et de cocasserie. Très original et pas donneur de leçon. » « La cocasserie doit être présente dans le théâtre », insiste Jean-Michel Ribes. « Il faut de la fantaisie, un peu de folie légère, pour se distancer de l’immense entreprise de théâtre « punition » qui vide les salles. » Les siennes, au nombre de trois au Théâtre du Rond-Point, sont tout le temps pleines. « Et pourtant nous jouons quatre à six spectacles par jour. Plus une place pour ma pièce Musée Haut, Musée Bas, à l’affiche depuis le 21 septembre. Nous la reprendrons sans doute la saison prochaine. Et grâce à un accord avec la chaîne Arte, qui diffuse six pièces du Rond-Point chaque année, Musée Haut, Musée Bas sera disponible sur DVD. » Que pense Jean-Michel Ribes de la formule « création mondiale » à propos d’un spectacle à deux personnages donné dans un petit théâtre genevois ? Les petits lieux « Elle est parfaitement justifiée. Il n’y a pas de petits lieux dans le monde, mais seulement des petites personnes. L’importance n’est pas affaire de superficie, de missiles, de puissance ou d’argent. Et les personnes grandes sont aussi dans les petits lieux. Comme ici. » Parmi elles, il y a Jean-Marc Stehlé, qui signe le décor de Sans ascenseur, ainsi que les auteurs des lumières, du son et des costumes, Gérard Monin, Samuel Gutman et Juliette Chanaud. « Le théâtre est un art qui se fait ensemble », rappelle Jean-Michel Ribes. « Nous sommes tous biologiquement liés. Ne dit-on pas que Molière mal joué n’est pas un bon auteur ? » Retour haut de page |
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