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ENTRETIEN
AVEC FRANÇOISE COURVOISIER
propos recueillis par Eva Cousido
en septembre 2004

Je sais que tu as travaillé à partir de plusieurs écrits récents de Viala : Petit Testament, Moyen Testament, Grand Testament, Déchetterie et Colloque. Comment s’est passé le travail de montage ?

Quand j’ai décidé de monter Viala, je n’avais entre les mains que les trois testaments. Je me préparais à un monologue, dont l’acteur principal serait Maurice Aufair. Puis Michel Viala m’a fait parvenir des disquettes, sur lesquelles il y avait notamment des poèmes, mais aussi deux pièces de groupe, se passant dans un E.M.S. J’ai retrouvé le talent de dialoguiste de Viala et la tentation était trop forte, vu la qualité et la drôlerie de ces scènes, de les mêler aux Testaments. L’argument de base s’est imposé de lui-même. « Dans un E.M.S. un vieil écrivain, placé là contre son gré, se souvient et observe son entourage. » Nous sommes confrontés au dilemme de la réalité : Est-ce qu’il dit vrai ? Est-ce que ce qui nous est montré est possible ou sommes-nous dans l’imaginaire de l’auteur (Citot), décalage correspondant aux dérives d’un autre auteur (Viala) ? J’ai choisi pour Maurice Aufair des partenaires complémentaires : Christian Grégori, Castou et Elsbeth Philip. Quatre voix, quatre tempéraments pour synthétiser à eux seuls toutes les misères des résidents de Petit Bois et de l’humanité en général. Une humanité sur le déclin mais combative, en perte de vitesse mais bagarreuse… Quant au personnel de l’établissement, j’ai choisi une toute jeune comédienne sortie en juin de l’école Serge Martin, Chloé Marguerat. Elle n’a que 23 ans et rend d’autant plus cruelle la condescendance avec laquelle les résidents sont traités. Infantilisation, bons points et punitions. Ensuite, j’ai partagé tout naturellement, à l’oreille, les différentes répliques de Michel Viala entre cinq comédiens/personnages. Travail qui est encore en élaboration, puisqu’il m’arrive à tout moment, pendant les répétitions, de faire passer la parole d’une bouche à une autre, pour plus de vraisemblance ou simplement parfois pour une question de rythme, de couleur.

Comment as-tu constitué tes personnages ?

Comme tout bon auteur dramatique, Michel Viala propose une palette de mélanges intenses. J’ai réduit le nombre de personnages (ils étaient quatorze), mais j’ai gardé l‘esprit et les figures centrales.

Est-ce que quelque chose te touche particulièrement dans la question de la vieillesse ?

Et comment ! Pas seulement parce que j’ai dépassé la moitié de ma vie, mais parce que personnellement, à dix-huit ans, je vivais déjà avec la conscience de la mort. De la mort possible, de la mort au bout comme perspective de vie. Mais comme dit Jacques Brel, « La mort, cela n’est rien. Mais vieillir ! Oh vieillir ! ». C’est un sacré apprentissage !

Comment as-tu travaillé avec Viala ? Vas-tu le voir souvent ?

Oui, je vais le voir de temps en temps. Voilà quelqu’un qui sait vieillir, et notamment passer le relais, faire confiance. Je lui ai raconté au fur et à mesure mon projet de mise en scène et il était absolument ouvert et même joyeux que nous nous approprions ses textes. C’était l’occasion aussi pour moi de me nourrir de l’atmosphère du lieu, de découvrir ses compagnons de galère, son mode de vie…

Qu’est-ce qui te touche tellement dans l’écriture de Viala qui est très simple, très directe, sans chichi ?

Il y a une formidable dualité dans son écriture. D’un côté, un goût prononcé pour l’âpreté et une justesse d’évocation dans les « petites choses de la vie », description des différentes pathologies de ses compagnons, par exemple ; et en contre-balancement, un élan romanesque, où il parvient à enjoliver la vie, embellir les femmes et magnifier le sordide. Il transcende la réalité, nous embarque dans une épopée extraordinaire dont il est le héros et  ses compagnons de misère des êtres hors du commun. J’aime aussi la violence, la révolte qui émergent de ses textes, sous différentes formes.

 

FRANÇOISE COURVOISIER,
Les Cahiers du Poche n°2

Rares sont les poètes qui ne se révoltent pas qu’avec les mots, mais dont les actes et les choix de vie épousent leurs écrits. Michel Viala est de ceux-là. C’est un auteur qui  écrit avec l’expérience de sa chair, qui décrit le paradis et l’enfer de sa propre vie. Cette authenticité est un don d’une valeur inestimable pour le théâtre. La scène a fortement besoin de cette matière textuelle-là, d’une parole qui agit directement sur le spectateur, qui donne cette sensation profonde de vérité. Attention : il s’agit d’une vérité toute théâtrale, d’autant plus efficace et crédible, qu’elle est bien évidemment transposée, poétisée, dramatisée. Le génie de Viala repose dans cet équilibre : tout est vrai, mais tout est inventé. Henri Michaux disait « Même si c’est faux, c’est vrai. »

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Dernière modification - 16.06.2008