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CONVERSATIONS APRÈS UN
ENTERREMENT
DE L’INTIME À L’UNIVERSEL
Françoise Courvoisier, juin 2005

 

Mon écriture fait une confiance totale à l’acteur, affirme Yasmina Reza.

Il faut effectivement de « vrais acteurs » pour donner le poids et la délicatesse nécessaires à ces Conversations après un enterrement. Première pièce de l’auteur d’Art, on perçoit nettement dans ses dialogues une influence tchékhovienne.
Réflexions sur le sens de la vie, non-dits, intensité des silences, complexité des rapports humains, autant de nuances subtiles qui ne sauraient relever que de la technique du jeu.

J’avais écrit des choses très intimes et elles prenaient un sens pour les autres. Depuis, je n’ai plus cherché à m’écarter de moi-même, dit-elle encore.

Je prendrais volontiers ce conseil au pied de la lettre. Du particulier à l’universel, il n’y a qu’un pas, à condition qu’il prenne appui sur un terrain solide, concret, en référence à la vie. Si c’est vrai pour l’auteur, ça l’est aussi pour le metteur en scène et pour les comédiens. Le texte est un puits sans fond dans lequel il n’y a qu’à puiser la vérité, sa vérité, c’est-à-dire les résonances intimes qu’il provoque en nous. En fouillant dans ses propres fêlures, dans ses propres joies, l’artiste se met à l’abri de tout maniérisme théâtral et d’expressions convenues.


Éclosion des sentiments
S’il y a une part de mystère dans cette partition à six voix, il y a certes aussi un axe immédiatement perceptible, qui conduit la pièce vers une éclosion des sentiments. Cette éclosion est provoquée par le deuil, celui du père. Il y a comme un rapprochement organique qui se produit, succédant au chagrin partagé. Et aussi une libération, celle qui résulte de la perte des parents. Frères et sœur deviennent orphelins, adultes d’un seul coup, à quarante et cinquante ans. Moi qui ai perdu ma mère il y a une dizaine d’années, je me souviens à quel point cette perte m’avait déchirée, mais aussi, d’un seul coup, obligée à grandir. Ouverte au monde, à une nouvelle identité.

Dans Conversations…, on parle en somme fort peu du défunt.
Et pourtant on mesure sans cesse par les différents propos la toute puissance paternelle, ses bienfaits comme ses préjudices. Il y a aussi beaucoup d’amour et de tendresse dans ces « conversations privilégiées », un désir de se réconcilier qui gagne sur les vieilles rancoeurs, une force de pardon qui atténue les blessures les plus profondes.

 

YASMINA REZA PAR
ELLE-MÊME

On prend la vie et on la singularise dans une lumière, sur une estrade. Je fais l’expérience d’une connexion forte entre le théâtre et la vie réelle, non parce qu’il s’agit de la vie réelle représentée mais parce qu’il y a une grande part de jeu dans la vie réelle.


Je ne tiens pas à révolutionner l’écriture. Je m’inscris dans un classicisme. L’impalpable, l’indicible, le charme, j’essaye de traduire ça.


Mon écriture fait une confiance totale à l’acteur.


Les mêmes obsessions, les mêmes préoccupations, le temps, les questions ontologiques, la solitude, la difficulté des rapports familiaux et de l’amour, les asservissements de l’homme contemporain et le vide du discours, enfin… je ne fais que me répéter, mais […] la forme évolue.
 

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Dernière modification - 16.06.2008