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FRAPPÉE AU CŒUR
ET AU CORPS

Anne Vouilloz
Lausanne, le 4 janvier 2006

Voilà bientôt une année que mon frère Roland m’a fait découvrir cette Dernière Lettre à Théo. On lui proposait de jouer le rôle de Van Gogh et il me demanda de le mettre en scène. Cette demande m’a fait très plaisir évidemment par la confiance et la reconnaissance de mon travail qu’elle impliquait, mais en même temps elle me bouleversait aussi puisque j’ai toujours travaillé en duo avec Joseph E. Voeffray.

Le texte de Metin Arditi me frappe à la fois au cœur et au corps. Sans doute parce que je suis comédienne et que j’éprouve à la lecture des sensations et des images qui évoquent immédiatement quelque chose de l’ordre du vécu...
Ce texte je le ressens physiquement. Il me fait vibrer. J’aime la façon dont Metin Arditi glisse de la réalité à l’imaginaire et comment son écriture libère cette force d’émotion dans une langue toujours vraie et authentique. Le sujet m’intéresse aussi. Dans plusieurs des mises en scène réalisées avec Joseph E. Voeffray, nous nous sommes interrogés sur la situation de l’artiste. Or dans ce cas, il s’agit bien d’un très grand artiste qui parle de lui, de son rapport à la peinture, à sa famille, au monde...

Mettre en scène un monologue n’est pas dans l’ordre de mes projets. Il est vrai que je privilégie les pièces à grande distribution, mais j’ai pensé que le travail d’acteur que j’aime particulièrement faire pourrait atteindre une plus grande intensité dans un monologue. Une image me vient souvent à propos de ce travail: “porter” un acteur, dans le sens de la phorie ou plutôt de l’eu-phorie, du bon port, du port qui le mène au-delà de lui-même dans la joie d’être, afin qu’il trouve la lumière et le rayonnement. Or Van Gogh évoque souvent la joie et le rayonnement qui illuminent les personnages. Dans ce contexte-là il me semble d’autant plus important que la lumière et les couleurs éclatent.

Dans nos mises en scène, nous avons souvent eu recours à la peinture ou à des peintres (Bacon, Kitaj, Balthus,...) Mais Van Gogh est l’un de mes préférés, pour ses couleurs flamboyantes, ses paysages qui roulent dans d’intenses vibrations à l’infini, ses soleils fous, ses multiples et étranges autoportraits. Il exprime dans ses toiles une telle force de vie et de mort... Sa peinture est un détonateur qui ouvre sur d’autres espaces de création et de liberté!
Quand on découvre la poignante correspondance qu’il a laissée, on comprend mieux alors comment l’homme s’est épuisé, s’est littéralement vidé dans sa peinture; qu’il a peint de toutes ses forces et de toute son âme et qu’il y a laissé sa peau. Reprenant une phrase de Millet dont il fait le credo de sa propre existence il déclare à Théo : L’art est un combat - dans l’art on doit y mettre sa peau. Il faut travailler comme dix nègres nus; je préférerai ne rien dire plutôt que de m’exprimer faiblement.  Ce sentiment de combat contre tous et surtout contre lui-même, en état de survie permanent, vagabond insaisissable aux colères excessives, Van Gogh l’éprouve sans cesse, avec intensité et fureur.

Cette dernière lettre à Théo se situe dans cet espace-temps où le combat cesse et où surgit la mort comme ultime décision. Ce qui m’importe de montrer dans cette mise en scène, c’est l’histoire d’un être particulier qui confronté à ses désirs, à ses souffrances et à ses fantômes devient cet être singulier qu’est Van Gogh. C’est l’histoire d’un devenir. Dans ce travail je garderai en tête cette phrase de Nietzsche: Il faut beaucoup de chaos en soi pour enfanter d’une étoile qui danse.
Van Gogh est une énigme. La mise en scène une enquête. Et je me plais à penser qu’elle va me permettre de découvrir au fond de l’oeil d’un de ses autoportraits, l’image inversée du rêve qui s’est brisé à Auvers un jour de juillet 1890.

Travailler avec Roland ce n’est pas la première fois  et j’espère que cela nous permettra d’aller plus vite et plus loin, en chœur, plus intimes dans l’échange et la compréhension. Je ne parle pas de famille au théâtre, je préfère plutôt l’idée de meute. Cela reste plus sauvage et plus engagé dans le respect de l’individu. Faire du théâtre pour moi a toujours été un engagement de vie. Depuis que j’ai voulu en faire, je me suis battue pour pouvoir le faire. Malgré les peurs, les angoisses, les déceptions, l’important c’est de tracer sa ligne de vie avec passion et intégrité.
Au fond si le combat cesse, le rêve et la vie s’effacent...

 

DE VINCENT À THÉO,
ARDITI RELIT
UN SUICIDE ANNONCÉ
Sylvie Bonier, Tribune de Genève

DERNIÈRE LETTRE À THÉO, BRÈVE REVUE DE PRESSE

Sa Dernière lettre à Théo est une belle surprise. De celles qui vous laissent des couleurs plein la tête et du noir au cœur […]

La honte et la douleur étouffée jaillissent à tour de mots sous la plume vibrante de l’auteur. Petite chronique d’un suicide annoncé à son frère, cette missive datée du fatidique 27 juillet est un poignant appel au secours. Une fulgurante déclaration d’amour à ceux qui n’auront jamais pu aimer cet « être de trop » autant que le cadet disparu.
Avec ce petit recueil, Metin Arditi franchit un nouveau pas vers sa propre reconnaissance d’écrivain.

 

LETTRE À THÉO
Isabelle Falconnier, Hebdo

À quoi bon, Théo ? Tout à l’heure, ce sera fini. C’est un frère aîné qui écrit une dernière fois à son frère cadet. Un frère désespéré, qui n’en peut plus de vivre, de tenter d’oublier le regard indifférent d’un père sans amour, l’incompréhension des gens pour ses toiles et ses coups de folie, la faim qui le tenaille parce que, entre peindre et manger, il faut choisir. Il dit Marguerite aussi, les couleurs des champs sous le vent, la couleur de son sang lorsqu’il appuiera sur la détente du pistolet. Déjà, dans La Chambre de Vincent (Zoé) en 2002, Metin Arditi plongeait dans l’univers de Vincent Van Gogh pour mieux parler de sa propre intimité de petit garçon solitaire. Cette brève et intense Dernière Lettre à Théo brûle, elle, d’une solitude animale.

 

VINCENT VAN GOGH
BIOGRAPHIE

Je prétends que l’enthousiasme calcule parfois mieux que les calculateurs eux-mêmes qui se croient au-dessus de tout enthousiasme. Et que l’instinct, l’inspiration, l’impulsion, la conscience sont de meilleurs guides que beaucoup ne l’imaginent. Quoiqu’il en soit, je suis d’accord que mieux vaut crever de passion que de crever d’ennui.
                                   V. van Gogh, « Lettres à son frère Théo »

 

 

Vincent van Gogh naît en 1853 à Zundert, un petit village hollandais. Fils d’un pasteur protestant, il a plusieurs frères et sœurs, mais c’est de son frère cadet Théo qu’il se sentira complice tout au long de sa vie. Habité par une vocation spirituelle, son père devient son grand modèle.
Parallèlement à ses études de théologie, il dessine inlassablement. En 1878, il s’installe dans la région minière de Borinage, en Belgique, pour évangéliser les pauvres. De là surgit son intérêt pour les plus démunis qu’il décide de peindre. Ses premières toiles datent du début des années 1880. En automne 1880, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.
En 1886, il se rend à Paris et séjourne chez son frère Théo, marchand d’art dans une petite galerie de tableaux. Il rencontre Degas, Monet, Renoir, Seurat, Pissaro et surtout Gauguin.
Deux ans plus tard, il descend dans le sud de la France, à Arles. Il peint alors des paysages et des scènes de genre de la vie méridionale. C’est là qu’il commence à employer des touches courbes, tourbillonnantes et des couleurs pures : le jaune, le vert et le bleu en particulier.
Paul Gauguin le rejoint. Peu de temps après, leur relation se détériore, les disputes éclatent continuellement, jusqu’au fameux événement où Van Gogh menace Gauguin avec un rasoir et finit par se trancher une oreille. Il offre son lobe à une prostituée.
Victime de délires paranoïaques, il est alors interné et peint avec acharnement. Pendant cette année d’hospitalisation, il réalise plus de cent cinquante toiles, dont certains de ses chefs d’œuvre.

En 1890, il retourne à Paris, auprès de Théo et s’installe dans la banlieue, à Auvers-sur-Oise. Il travaille avec ardeur. Et pourtant, l’été de cette même année, il se tue d’une balle de revolver.

Peintre méconnu et méprisé de son vivant, ses tableaux sont aujourd’hui parmi les plus côtés sur le marché de l’art. Sa technique a profondément inspiré les fauves et les expressionnistes.
Van Gogh laisse une œuvre considérable : presque 800 tableaux et plus de 1000 dessins. Mais aussi, sa désormais célèbre correspondance.
Presque quotidiennement, pendant 18 ans, de 1872 à 1890, il écrit à Théo, son complice, son double. Ses lettres sont d’abord écrites en néerlandais, puis en anglais et finalement en français. Dès 1911, elles font l’objet de publications.
Depuis maintenant onze ans, trois chercheurs se penchent sur l’ensemble de la correspondance de l’artiste, pour le compte du musée Van Gogh d’Amsterdam. D’ici trois ans, un ouvrage devrait paraître réunissant plus de 900 missives.

 

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Dernière modification - 16.06.2008