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UN GRAND ART D’AMOUR
SIGNÉ YASMINA REZA
Alexandre Demidoff, Le Temps
vendredi 16 septembre 2005


 

Françoise Courvoisier offre un tableau familial automnal et émouvant à Genève.

Tant d’amitié l’autre soir au Poche de Genève. Devant Edith, ses trente ans et ses amours fumeuses, Julienne la vernie qui s’écaille sur le tard et Elisa la fatale qui brûle pour un homme qu’elle ne devrait pas aimer, on est pris de tendresse. Elles échangent des secrets qui font mal, sous le soleil roux de l’automne, assises dans le jardin imaginé par Yasmina Reza dans Conversations après un enterrement. Pascale Vachoux, Nicole Colchat et Sophie Lukasik ont le babil si juste qu’on les écouterait jusqu’au coucher de lune, un verre d’alcool d’artichaut à portée de lèvres – c’est ce qu’on boit chez Yasmina Reza, l’auteur d’Art. Ces trois-là et leurs camarades donnent envie de les rejoindre sur le plateau. À la mise en scène, Françoise Courvoisier signe ainsi un spectacle hospitalier et délicat.

Le succès de l’écrivain, qui publie ces jours Nulle part (voir Samedi Culturel du 17 septembre), tient en partie à ceci : son théâtre, qui s’attache au mal être d’une population bourgeoise (avocat, critique littéraire, chercheurs en sont les héros), suscite l’identification. Et l’adhésion est d’autant plus forte que Yasmina Reza, fille d’une violoniste hongroise et d’un homme d’affaires russe et juif, soigne ses personnages. Dans Conversations après un enterrement (1987), sa première et peut-être meilleure pièce, elle défend chacun d’entre eux jusque dans l’impasse. C’est sa tribu qu’elle expose, avec une sincérité qu’on ne trouve pas toujours dans ses autres textes.

Tableau écorché, mais aimant. Et doigté chez Françoise Courvoisier. Avec effet de zoom dû à la taille du théâtre, à ce choix aussi de faire entrer les acteurs par la salle. On respire avec eux le fumet du pot-au-feu au dernier acte. Bref, on se sent invité, sous le charme de chaque visage, comme chez Claude Sautet, cinéaste des Choses de la vie.

Au cœur des retrouvailles, la mort du père. C’est cet absent qui réunit les trois enfants : Edith (Pascale Vachoux), Alex (Christian Scheidt) et Nathan (le Belge Jacques Viala, excellent en aîné chancelant). Mais aussi Pierre, l’oncle (Maurice Aufair, bougon tchekhovien, magnifique), son épouse (Nicole Colchat) et Elisa (Sophie Lukasik), la trop printanière qui donne des insomnies à Alex son ex et hante Nathan. Tout se mêle, les illusions et les effusions. La smala déchante, mais se grise sous la pluie. L’autre soir, c’était alcool d’artichaut pour tout le monde.

 

LE POCHE DÉMARRE SA
SAISON AUTOUR D’UNE
TOMBE

Lionel Chiuch, Tribune de Genève
mercredi 14 septembre 2005

Françoise Courvoisier monte « Conversations après un enterrement », de Yasmina Reza.

Le père mange les pissenlits par la racine. Paix à son âme, qui ne fut pas toujours sage. Pendant que les vers lui titillent les narines, ses proches se hasardent au jeu des confidences.

Voilà, en gros, pour la trame de Conversations après un enterrement, la première pièce de Yasmina Reza. Dans les didascalies d’introduction, cette dernière a pris soin de préciser : « Pas de réalisme. » Rien de plus réaliste, pourtant, que le style – encore vert dans cette œuvre – de l’auteur d’Art.

Françoise Courvoisier, qui s’est emparée du texte, abonde dans ce dernier sens. Elle nous accueille au son d’une pelle fouillant la terre avant de nous faire humer les parfums d’un authentique pot-au-feu. Quant à la scénographie, une table, un banc et quelques chaises, elle est plus dépouillée que suggestive.

Souffle impatient
Pour les non-dits, les strates inférieures qui se dissimulent sous le vernis des conventions, il faut donc s’en remettre aux comédiens. Seul leur jeu peut ramener en surface des intentions blotties dans les silences. Si intentions il y a, tant il est vrai que Yasmina Reza a le souffle impatient. Chez elle, le tragique est toujours teinté d’optimisme, d’où son goût pour la lumière. S’il pleut parfois sur ces Conversations, c’est surtout pour le chatoiement délicat des gouttes.

Justement, côté distribution, Françoise Courvoisier a eu la main heureuse. Il y a l’impeccable Jacques Viala (Nathan), à la fois rugueux et tendre, Sophie Lukasik (Elisa), lumineuse jusqu’à l’évanescence, ou encore Maurice Aufair (Pierre), malicieux et débonnaire. Surtout, on est totalement séduit par l’étonnante Nicole Colchat (Julienne). Elle est parfaite de justesse, Nicole Colchat. Exquise en souffre-douleur, délicieuse en « sosotte » soucieuse de bien faire.

 

FRANÇOISE COURVOISIER
LE POCHE EST SON ARÈNE
Katherine Friedli, L’Hebdo
mercredi 7 septembre 2005


 

A son poignet, un bracelet fait de rectangles rouges reliés par un fil. Comme une rangée de sièges en miniature. Dans une robe noire aérienne, elle virevolte d’un point à l’autre de la salle, interrompant un comédien pour qu’il affine une pointe d’ironie, se rassurant auprès de l’éclairagiste : « On aura une chaleur estivale pour cette scène, n’est-ce pas ? » En pleine répétition du spectacle Conversations après un enterrement, de Yasmina Reza, Françoise Courvoisier, metteuse en scène et directrice du Théâtre Le Poche, resplendit. Solaire, exigeante, passionnée.

Née dans une famille de musiciens, la responsable du Théâtre Le Poche a débuté sa carrière comme comédienne, sous la direction de Beno Besson, Jorge Lavelli ou encore Dominique Catton. Dès 1991, elle se consacre à la mise en scène, en privilégiant des auteurs « qui bousculent » et des thèmes tabous. Lucie, June, Claire, Maya…, montée en 1991, est l’adaptation d’une étude sur la schizophrénie. Les Sphinx du Macadam, d’après des textes de Grisélidis Réal, présenté en 2003, explore le monde de la prostitution. Elle réalise aussi Poussières d’Etoiles et Vous vivrez comme des Porcs, de John Arden. En 1997, elle fonde le théâtre La Grenade, qu’elle anime jusqu’en 2003, année où elle reprend les rênes du Poche. La programmation 2005-06 débute avec la valeur sûre qu’est Reza, mais la note d’audace signée Courvoisier vient des cinq auteurs romands qui seront aussi à l’affiche : Pascal Rebetez, Alexandre Jollien, René Zahnd, Metin Arditi et Camille Rebetez.

Pendant cet entretien avant le début de la saison, Françoise Courvoisier s’exprime avec la même verve qu’elle mène son équipe dans l’espace sombre du Poche. Elle explique sa préférence pour la mise en scène plutôt que le jeu : « J’aime voir naître une pièce dans son entier. C’est comme un tableau qui se crée peu à peu, par couches de travail successives ». Et livre quelques clés sur sa méthode de travail : « Je me fie à l’intuition. Trop de réflexion éloigne souvent de l’essentiel, de l’authenticité ». Au moment de retourner danser avec les mots de Reza à la rue du Cheval-Blanc, la Genevoise donne encore une piste pour comprendre son art, qui ressemble à une philosophie de vie : « Dans ce métier, il s’agit de défaire plutôt que de faire. La justesse se trouve souvent dans la simplicité et le dépouillement. » Le 12 septembre, les rideaux du Poche se lèveront sur le fruit de cette démarche.

 

REZA AU POCHE
Lionel Chiuch, Tribune de Genève
lundi 12 septembre 2005



 

Le décès d’un proche resserre parfois les liens entre les individus. Du moins leur donne-t-il une autre résonance, qui vient faire écho à la proximité de la mort. Sur ce thème, Lawrence Kasdan a tourné autrefois un très beau film : les copains d’abord. Avec Yasmina Reza, on reste en famille.
Frères, sœurs, oncles et maîtresse se retrouvent autour de la tombe du père. Belle occasion pour se confier et laisser surgir les non-dits. Le tout ponctué de considérations plus badines, portant sur la météo, la cuisine ou encore le jardinage.
Comme souvent avec l’auteur d’Art, les dialogues sonnent juste. Maurice Aufair, Sophie Lukasik, Christian Scheidt, Pascale Vachoux, Nicole Colchat et Jacques Viala y trouvent leur compte. Pour sa part, Françoise Courvoisier assurera la mise en scène. Ces Conversations après un enterrement sont à découvrir au Poche, 7, rue du Cheval-Blanc, jusqu’au 9 octobre.

 

CONVERSATIONS APRÈS
UN ENTERREMENT
EN TOURNÉE ROMANDE
Corinne Jaquiéry, 24 Heures
Suppl. week end du 8-14 sept. 2005


 

La justesse des choses

Un matin de novembre, ils enterrent le père dans un sous-bois de la propriété familiale. Six frères et sœurs, amants ou mari et femme vivent l’instant intense entre l’absence et le retour. Fragilisés par le deuil, ils osent enfin être eux-mêmes.
Conversations après un enterrement, écrit de jeunesse de Yasmina Reza – en fait sa première pièce – aborde la mort avec intelligence et délicatesse. Pour Françoise Courvoisier, metteure en scène, le pari est de trouver la justesse et de parvenir à parfaitement restituer la partition minutieuse de l’auteur tout en donnant un rythme vital avec respirations.
« Quand je parle de justesse, c’est aussi créer des moments de vie. Il faut que les comédiens puissent s’abandonner après un gros travail d’appropriation du texte. » Frappée par la force de l’œuvre bien avant que Yasmina Reza ne devienne célèbre avec Art, Françoise Courvoisier doit à une coproduction belge de pouvoir enfin la monter. Deux comédiens du pays des frites font donc partie de l’aventure. « Je désirais travailler avec des acteurs qui aient envie d’aller vers l’authenticité et qui ne se réfugient pas derrière le métier. En Belgique, j’ai découvert des artistes d’une simplicité, d’une ouverture d’esprit et d’un enthousiasme confondants. ».

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Dernière modification - 16.06.2008