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VIVANT POÈME
Françoise Courvoisier, mai 2007

Dix ans déjà que Barbara nous a quittés. Quatre décennies durant, elle a fait vibrer les spectateurs de l’Écluse, de Bobino, du Châtelet et de tant d’autres salles de spectacle.
Elle disait Si j’ai pu toucher les gens, c’est sans doute parce que les histoires que je chante sont « sorties » de moi, qu’elles me sont arrivées.

Bien qu’elle se défendît d’être poète, Barbara révèle dans la plupart de ses chansons, disque après disque, une plume magnifique, concrète et mystérieuse à la fois, énigmatique et limpide, au charme envoûtant. Elle y livre non seulement son intimité de femme, déclinant l’amour sous toutes ses facettes, mais exprime aussi sa colère contre l’injustice du monde (Perlimpinpin, Le Soleil Noir) et s’engage régulièrement et jusqu’au bout de sa carrière pour les causes qui lui tiennent à cœur. On se souvient par exemple de sa chanson Sid’Amour à mort, pour les victimes du Sida.

Chanter Barbara, oui, mais surtout « dire » Barbara. Dans chacun de ses textes est présent, vivant, ce désir de dire, de dévoiler, de s’épancher ou simplement de raconter.
Les hommes meurent de ne rien se dire… chante-t-elle dans cet album testament intitulé Barbara et enregistré une année avant sa mort. À la lecture de textes tels que Vivant poème*, Fatigue, Faxe-me…, on est abasourdi par la beauté de la langue, la puissance des images et la profondeur du propos.
Ce qui étonne également, c’est la force d’espérance qui surgit de cette femme brisée, cette jeunesse, ce goût pour la vie, malgré et au-delà de sa maladie, de cette fatigue, physique et psychique…

La voix si particulière de cette longue dame brune, comme l’a baptisée Georges Moustaki, nous a parfois empêchés de goûter pleinement à la richesse de ses paroles, qui n’ont rien à envier à celles de ses contemporains Brel, Brassens et Ferré. Particulièrement à la fin de sa vie, où sa voix brisée déformait tellement les mots que le sens ne nous parvenait que par bribes.

Nous n’avons pas la prétention de « restituer Barbara », son répertoire et immense et son talent si singulier, mais simplement de rendre hommage à la grande parolière, de « dire » Barbara, de chanter dans le bonheur des mots, en évitant toute allusion au mythe. Nous lui laissons le boa à plumes noires et la chaise à bascule, les gestes grandioses et démesurés, pour nous concentrer sur sa voix intérieure, ses histoires, ses émotions…

Ce spectacle réunit une vingtaine de chansons parmi la soixantaine signée de sa main, entre 1958 et 1996, tant les incontournables (Göttingen, Dis quand reviendras-tu ?, L’Aigle Noir) que les moins entendues (À peine, Parce que je t’aime…).

 

 *

Va ce monde je te le donne
Va et jamais n’abandonne
C’est vrai qu’il n’est pas à l’image
Des rêves d’un enfant de ton âge
Je sais
Le monde a des accents
Souvent il nous montre les dents
Mais je l’aime comme je t’aime
Et je voudrais tant que tu l’aimes
Tu en es le vivant poème.

 

 

 

 

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Dernière modification - 16.06.2008