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DIVISION III,
JAUNE ORAISON
Claudia Cerretelli,
Scènes Magazine
mai 2008
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Division III est la
troisième partie d’un triptyque. C’est une création de Julien Mages,
jeune auteur, qui s’est inspiré notamment de Sarah Kane. Le vers est
libre, sans ponctuation. Le texte semble déconstruit, et pourtant très
rythmé et coloré. C’est un work in progress, dans la mesure où il
n’est pas encore défini lui-même : son évolution se passe sur scène, au
contact des comédiennes et avec les sensations qu’elles éprouvent à le
faire vivre. Cette création sera proposée au théâtre Le Poche.
Julien Mages, de quoi parle votre pièce ?
Cette pièce n’a pas un cadre précis : elle
pourrait se dérouler dans un hôpital psychiatrique. Il s’agit d’un huis
clos avec trois femmes : une maîtresse, une servante, une jeune
fille. Le thème est la division intérieure qu’éprouvent ces femmes, qui
n’est autre que celle qui caractérise tout le monde, dans cette société.
Comment voyez-vous ce type de folie ?
Comme un symptôme de quelque chose qui n’est
pas atteint. C’est le désir d’aller plus loin. Ces personnages ne sont
pas fous, ils sont trop lucides. J’ai toujours été intéressé par le
personnage du Bouffon, chez Shakespeare, notamment. Le bouffon est
détenteur d’une énigme : si on en trouve la solution, on avance d’un
pas. J’aime son sérieux : il est juste là où il faut être, et il voit
tout ce qui n’est pas accessoire ou inutile. Je pense que mes
personnages se rapprochent de cette quête d’essentiel.
Pour quelle raison, brouillez-vous les pistes, en proposant un texte
qui se déroule dans un cadre psychiatrique, alors que les personnages –
la servante et sa maîtresse – ont une relation faussement bourgeoise ?
La bourgeoisie se situe, selon les idées reçues, à 180 degrés de la
marginalité… bien qu’elle crée des souffrances qu’elle ne peut pas voir.
Au contraire, la bourgeoisie est justement le
terreau le plus fertile en division intérieure ! Si on n’a pas de
discipline, de travail, de but élevé, on a le chaos pour voisin. Les
deux parties sont indissociables et souvent l’une mène à l’autre. Ces
personnages sont des corps qui chutent. Un corps qui chute se
déconstruit, il est en mille morceaux. Mais cela permet une
reconstruction, par la suite. Ce sont des personnages qui descendent
dans l’abyme, comme Dionysos, et qui se recréent, chacun à sa manière :
la servante, par exemple, vit un chamboulement affectif. Entre les
trois, il n’y a qu’une différence de chronologie dans la chute : mais
toutes finissent par y arriver. Le moment le plus complexe se situe
lorsqu’elles se trouvent trop loin du départ et du but. Comme le dit
Coelio dans Les caprices de Marianne : « Les vents
l’entraînent en silence et, quand la réalité le réveille, il est aussi
loin du but où il aspire que du rivage qu’il a quitté ; il ne peut ni
poursuivre sa route ni revenir sur ses pas. »
Et vous, où vous situez-vous ?
Je ne sais pas. Je ne me situe dans aucun
échiquier politique. Ma seule position est l’amour à l’autre ; mais
l’artiste se heurte sans cesse à une pensée contraire à l’utopie. Je
revendique, moi, le droit au rêve. On est dans une société qui forcément
ira vers l’autodestruction. Cela me révolte, même si ce mot est devenu
un lieu commun. Je me retrouve également dans Sacha Guitry, dans Le
nouveau testament, pour le reste, je compte être et rester modeste,
quant aux objectifs que ma pièce ou mon écriture pourrait atteindre
auprès de son public. |