| QUAND LES MOTS LAISSENT DES TRACES
La prochaine saison du Poche s’annonce intense, avec des écritures puissantes, aux rythmes variés, de l’extrême dépouillement au lyrisme incandescent, de la noirceur aux couleurs bariolées…
Avec la pièce la plus récente de Harold Pinter (Célébration), c’est le cynisme d’une société basée sur de fausses valeurs qui est dénoncé par le biais de l’humour, arme privilégiée de ce jeune auteur britannique de 77 ans dans son combat contre l’injustice. Nous retrouvons ensuite Lars Norén (Sang), dramaturge suédois dont on avait déjà pu mesurer la profondeur du propos et la densité des rapports entre les personnages dans Guerre, sur la scène du Poche à l’automne 2004. Encore des retrouvailles avec un autre jeune homme d’un certain âge : Michel Viala. Dans Vacances, il révèle une fois de plus un sens aigu de l’observation et suscite un rire libérateur en pointant avec une étonnante justesse les petits ridicules de « l’humaine humanité ». Puis ce sera la grande émotion avec le témoignage bouleversant de Philippe Forest (L’Enfant éternel), qui, dans une écriture d’une envoûtante beauté, parvient à traduire l’indicible, à transcender l’insurmontable : la mort d’un enfant. Retour en Scandinavie avec Thomas Vinterberg & Mogens Rukov, maîtres absolus du dialogue dans cette pièce tirée du film éponyme, Festen. C’est la famille qui est en cause ici, avec le poids d’un secret enfoui sous les couches épaisses d’un vernis social incrusté depuis de longues années. Enfin, Le Poche donne carte blanche à Julien Mages, pour clore la saison avec un inédit. Se dégageant de la tendance réaliste, l’écriture de ce jeune auteur lausannois est néanmoins concrète, charnelle et singulièrement touchante. Sa dernière pièce, Cadre Division, a été défendue avec ferveur et rage par les jeunes comédiens de la Manufacture, Haute École d’Art Dramatique de Lausanne dont il est sorti en juin 2006. Françoise Courvoisier |