LA PRESSE
 
LES DEMEURÉES
15/10/2014

LE POCHE à PARIS
28/08/2014

SAISON 2014-2015
23/05/2014

COMMUNIQUÉ
02/04/2014

LES DEMEURÉES
15/10/2014
 

LE LANGAGE UNIVERSEL OU LA FORCE DU SAVOIR, NAISSANCE ET ÉVEIL D’UNE PENSÉE LIBRE

 

Oscar Ferreira, L’Agenda blog, 20 octobre 2014


Avec Les Demeurées, Jeanne Benameur nous invite à l’introspection et à la mise au monde d’un esprit volant de l’ignorance au savoir par la grâce d’un texte fort et subtil. Mise en scène de Didier Carrier au Théâtre Le Poche, du 16 octobre au 2 novembre 2014.


Séparation. Séparation d’un être, séparation d’un monde connu pour une plongée dans l’aventure infinie des possibles de notre existence. C’est finalement le thème qui revient en filigrane tout au long de cette pièce, la dichotomie qui frappe de plein fouet l’humanité depuis l’avènement de la civilisation, à savoir celle qui tend à commander à l’Homme de rester figé dans le douillet nid de la sécurité et de la certitude des choses connues, ou alors le choix du cheminement et de l’élévation vers l’univers par les mots et par l’esprit. La Varienne, femme rustre et sans une once de culture, élève seule sa fille Luce. Point de présence paternelle ni masculine à l’horizon, juste l’évocation pudique d’une conception sans lendemain à l’origine de laquelle naîtra cette enfant unique. Petite Luce qui sera source de tant d’amour et de fusion.

 

C’est donc à un évènement majeur dans les vies de ces deux êtres auquel nous sommes conviés. Craint et appréhendé par la Varienne, comme l’idiote du village qu’elle est, elle soupèse et anticipe tout évènement qui pourrait échapper à son contrôle : la rentrée scolaire pour sa Luce chérie, rentrée qui marquera quoi qu’il advienne un avant et un après dans cette relation mère-fille jusqu’alors exempte de toute interruption spatio-temporelle. Luce et sa génitrice vont devoir apprendre à se passer de l’évidence de leur confortable cocon familial pour se réinventer une vie et voguer l’une sans l’autre. Car oui ce bouleversement dans la dynamique fusionnelle va remettre en question tous les ciments de ce couple, avec son lot de résistances et d’atomes en roue libre dont nul ne sortira indemne.

 

Luce se découvrira élève aidée de Mademoiselle Solange, l’institutrice du village qui incarne à merveille ce rôle et cette mission que l’école de la république a à jouer : lutter avec vigueur contre cette envie profonde de rester dans l’abrutissement, et tendre une main ouverte à tous ses enfants afin de les mener aux portes du monde et de la connaissance par la lettre. Tuer le fatalisme ainsi que le déterminisme d’une condition sociale pour développer un abécédaire de remises en questions et de lumières qui développeront la liberté d’un être singulier.

 

C’est dans un décor aux tons neutres et parsemé d’instruments en tout genre que nous cueille la mise en scène de Didier Carrier, tout en sobriété et qui laisse une grande place à la formidable interprétation des deux comédiennes. Maria Perez et Laurence Vielle nous racontent cette histoire avec beaucoup de pudeur, de subtilité et une grande force. La musique de Béatrice Graf accompagnant de bruitages et d’effets sonores les dialogues, avec omniprésence et effacement à la fois dans un dosage mélancolique ou fracassant, discret ou trop présent par moments. La musicienne prend ainsi une place à part dans l’intrigue de sa présence scénique.

 

Le spectateur se laissera bercer avec une délectation toute particulière par la richesse de ce texte et la beauté de son sens, malgré une petite difficulté initiale pour entrer dans le monde et l’intimité de ces personnages dans un théâtre du Poche idéal par ce sentiment d’intimité qu’il procure et de communion vécue avec les comédiennes.

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"LES DEMEURÉES" PAR JEANNE BENAMEUR

 

Valérie Debieux, Lagalerielittéraire.com, 17 octobre 2014


«L’innocence est belle, terrible et sauvage. L’instinct prend des couleurs poétiques et mystiques. C’est l’amour des gestes quotidiens, du simple et de l’écorchure, du labeur et du silence obtus». Didier Carrier (metteur en scène)

 

Dans la campagne, une maison isolée. Ses habitantes, une femme, l’idiote du village, appelée «La Varienne», et sa fille, Luce. Elles vivent là, toutes les deux, confinées dans leur monde, en retrait des autres, dans le silence, à l’unisson d’un amour symbiotique :

«Elles dorment dans le même grand lit. Les planches et le matelas de crin. Et puis un maigre bouquet sec entouré d’un ruban dédoré, pendu à un clou, la tête en bas.

La petite avance la main dans l’obscurité. Elle dort contre le mur. La mère vient plus tard.

C’est quand la mère dort, seulement, que la petite avance les doigts de la main droite et sent les tiges, le ruban, les fleurs qu’il faut à peine effleurer. Les pétales en poussière ne disent pas leurs noms en s’étouffant entre pouce et index. La petite écoute et glisse dans la nuit, les doigts encore poudrés du murmure desséché».

Coup de tonnerre dans leur quotidien, Luce est en âge d’entrer à l’école et «La Varienne» n’aura d’autre choix que celui de se séparer de son enfant. Leur vie en est bouleversée et Luce se rend ainsi à son école qui n’a qu’une classe unique. Mademoiselle Solange, l’institutrice, va s’employer à créer un pont entre Luce et l’apprentissage du savoir : «Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l’intérieur d’elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D’une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n’entrera. L’école ne l’aura pas. Elle demeure. Abrutie comme sa mère. Aimante et désolée».  

Cette pièce de théâtre ne se raconte pas, elle se vit. Le spectateur est happé par le jeu des actrices, il voit, il écoute, interloqué dès les premières secondes. L’originalité du décor ne manque pas d’interpeller non plus. Le fond sonore, omniprésent et subtil, contribue à accentuer le caractère singulier des personnages. Dans cette pièce, tout est construit autour de l’histoire, rien n’a été laissé au hasard, chaque mot compte et, au fil des minutes, le spectateur devient «La Varienne», devient «Luce», devient «Solange, l’institutrice». Cette pièce incite à une prise de conscience sur le rôle du langage, de la communication, et de la transmission du savoir, ainsi que de l’importance du rôle joué par les mots.

Laurence Vielle, alias «La Varienne», et Maria Pérez, alias Luce, ainsi que Béatrice Graf, musicienne, interprètent leur rôle de façon magistrale et font ressortir l'émotion de leur personnage avec acuité. Elles restituent avec brio l'amour fusionnel existant entre la mère et la fille via cette quasi-appropriation de l’une par l’autre lorsque le geste se substitue au langage.

La mise en scène de Didier Carrier est tout à fait remarquable et elle contribue à la mise en relief du message qu’elle délivre. «Les Demeurées», c’est aussi un hymne à l’humanité. Son auteure, Jeanne Benameur, a le sens de l’épure, elle distille les idées avec pudeur, sensibilité et raffinement. De l’art, du grand art.

Au final, une salle enthousiasmée par la virtuosité des interprètes et profondément touchée par l'émotion qui se dégage des "Demeurées". 

 

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TROIS BELLES "DEMEURÉES" AU POCHE A GENÈVE

 

Mireille Descombes, Polars, Polis et Cie, 17 octobre 2014

 

C'est une pièce aigre-douce sur le refus d'apprendre par fidélité à l'autre. Une de ces histoires qui émeuvent et agacent, qui agacent parce qu'elles émeuvent, jamais très loin de l'ornière des bons sentiments, mais toujours juste à côté de cette dérive des émotions.

Sobre et poétique, le texte est signé par la romancière Jeanne Benameur. Mis en scène par Didier Carrier, incarné par Laurence Vielle et Maria Pérez, accompagnées par la musicienne Béatrice Graf en percussionniste peu orthodoxe, il raconte la vie symbiotique d'une mère "demeurée" (La Varienne) et de sa fille Luce.  Une vie hors des mots, de la communication et de la logique ordinaires, une vie néanmoins. Arrive, pour l'enfant, le temps de l'école obligatoire et de la séparation. Qu'elle ne supporte pas. Elle fuit. "Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas". L'institutrice Mademoiselle Solange y perd sa raison d'enseigner. Luce, elle, va finir par apprivoiser les lettres et les mots. Mais en inventant son propre chemin.

[…] Les Demeurées restent un émouvant hommage au pouvoir libérateur du langage et une belle fable sur ce qui, parfois, peut nous empêcher d'apprendre.

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LES DEMEURÉES AU POCHE

 

Francis Richard, Le blog de Francis Richard, 17 octobre 2014

 

Paru en 2000, chez Denoël, Les demeurées est un roman fort, écrit dans un style superbe, et poétique, par Jeanne Benameur. Rien, a priori, cependant, ne prédestinait ce magnifique texte à être mis en scène au théâtre.

Certes, avant sa création au printemps dernier au Théâtre de Vidy, à Lausanne, dans son adaptation actuelle, il y avait bien eu une installation-spectacle, d'une durée de vingt et une minutes, tirée de ce roman par le Begat Theater, donnée dans huit communes de Haute-Provence, en France, mais le texte n'était pas repris dans sa quasi intégralité.

Au Poche de Genève, comme au Vidy de Lausanne, le spectacle dure une heure et quart et peu de coupures du texte, peu d'adaptations ont été effectuées. C'est dire qu'il est on ne peut plus fidèle au roman et à la force des mots vivants employés par Jeanne Benameur. Il y est fidèle à un autre titre. Il garde la forme d'un récit, interprété par les trois comédiennes.

Didier Carrier, qui a conçu et mis en scène Les demeurées, a pris ce parti, se refusant à distribuer les rôles des personnages entre les comédiennes, voulant conserver l'effet de surprise originel que procure la progression du récit, dont le début est volontairement lent et confus, comme si l'auteur avait voulu que le lecteur s'installe gentiment dans le livre pour mieux l'habiter.

L'idée de reprendre le texte dans sa quasi intégralité vient de l'une des comédiennes, Maria Pérez, séduite par l'engagement de l'auteur, et certainement au-delà de cet engagement par la profondeur humaine que cet écrivain cosmopolite - ce qui est pour moi un compliment - a mis dans ce récit, profondeur qui sublime tous les clivages.

 

Les demeurées? Une mère, La Varienne, et sa fille, Luce. Dans leur cas le préjugé s'avère exact: telle mère, telle fille. La Varienne travaille chez Madame parce qu'il faut bien vivre, Luce va à l'école parce que c'est obligatoire: "La mère et la fille, l'une dedans, l'autre dehors, sont des disjointes du monde."

L'une comme l'autre ne peuvent pas nommer les choses, elles sont demeurées. Luce va donc à l'école, mais elle se refuse à faire entrer le savoir. Mademoiselle Solange, l'institutrice, celle par qui le savoir arrive, n'en peut mais. Luce demeure abrutie, l'autre mot pour la demeurée qu'elle est, comme sa mère: "Luce n'apprend rien. Luce ne retient rien. Elle fait montre d'une faculté d'oubli très rare: un don d'ignorance."

Pourtant, sans qu'elle ne s'en rende compte, les mots pénètrent en elle, malgré elle, et n'en sortiront plus. Luce les chantonne sans en comprendre le sens, mais ils sont là dans un recoin de sa tête, tout prêts le moment venu, à lui faire franchir le seuil du monde, comme le souhaite Mademoiselle Solange.

Les choses se précipitent quand cette dernière veut faire écrire par Luce son nom complet, Luce M. Cette tentative se traduit par un échec. Luce s'en va de l'école et n'y retourne plus, au grand désespoir de Mademoiselle Solange, qui ne comprend pas ce qu'elle a bien pu faire:

 

"La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout. Même de nom.

Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher.

Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille?"

 

Le pire n'est jamais sûr. Et l'histoire montre finalement que les leçons de Mademoiselle Solange à Luce sont "de drôles de pays restés dans sa tête" et que les mots, même piétinés par Luce sur le chemin de l'école à la maison de rien, où elle habite avec La Varienne, ont "fait leur nid dans sa tête". Le monde va s'ouvrir à Luce sans que  pour autant rien ne puisse la disjoindre de La Varienne.

 

Tour à tour, Maria Pérez et Laurence Vielle font vivre le roman sur scène, dans un décor dépouillé, dans des habits de bure, au mileu d'ustensiles domestiques, susceptibles de résonner (la scénographie et les costumes sont de Florence Magni, la lumière de Danielle Milovic et la réalisation des costumes d'Emilie Revel), et leurs voix ne sont pas désincarnées. Au contraire, leurs voix sont comme un accompagnement musical au chant du texte et aux mouvements très physiques et éprouvants qu'elles ont sur scène.

Béatrice Graf, aux percussions, donnant de temps en temps également de la voix, en choeur, ponctue texte, voix et déplacements des deux autres comédiennes en fusion, de notes tantôt dramatiques, tantôt drolatiques. Car le roman Les demeurées, dans cette interprétation coup de poing, n'est pas que drame, il est aussi rires, quoique parcimonieux.

 

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ODE AUX PETITES GENS

 

Guy Schneider, Nouvelles.ch, 1 octobre 2014

 

Les Demeurées, adaptation surprenante du roman de Jeanne Benameur, met en scène deux actrices et une percussionniste sur le thème du regard des autres et du déterminisme social.


Qu’est-ce que c’est que le savoir? Une question vaste qui amène autant de réponses qu’il y a d’opinions. « Au théâtre, pour des raisons purement pratiques, on parle peu des petites gens. Par mesure d’économie, on supprime souvent le message du peuple. »

 

Explorer le regard des autres
Dans Les Demeurées, nous redonnons la parole à ceux qui l’on rarement» explique Maria Pérez. Le texte raconte l’histoire d’une jeune fille et de sa mère illettrée. Elles sont cataloguées par le reste du village comme non conformes à la normalité. L’institutrice du village s’intéresse à ces personnages. Lorsqu’elle commence à perdre la raison et son savoir, elle réalise que ces femmes ont une autre connaissance des choses et du monde. Elle le découvre jusqu’à sombrer dans la folie. La pièce explore ainsi le regard des autres et le combat des petites gens contre le déterminisme social, c’est-à-dire la primauté des interactions sociales sur l’individu. Maria Pérez explique le choix du texte: «Il y a pour moi une part d’identification avec cette histoire. Je suis issue du milieu de l’intégration et mes parents étaient peu lettrés. De plus, dans mes activités en politique, le combat contre le déterminisme social est mon quotidien.»

 

Adaptation déroutante
Dans une adaptation déroutante du roman de Jeanne Benameur Les Demeurées, Didier Carrier met en scène deux actrices (Maria Pérez et Laurence Vielle) et une musicienne faiseuse de sons (Béatrice Graf). Le récit se partage entre les trois acolytes et respecte ainsi l’écriture chorale de l’auteur. Maria Pérez explique la forme particulière de la pièce: «La gageure, c’était de ne pas trahir le texte. On dit cette histoire, on la raconte à trois. Aucune de nous n’a un rôle fixe. Le spectateur retrouve ainsi la structure du roman et son univers brut et poétique. Le jeu est très mobile et physique. On se passe la parole très vite, ce qui nécessite une certaine dextérité.»

 

Trame sonore
Béatrice Graf habille la pièce d’un manteau sonore et visuel surprenant. A partir d’objet du quotidien sur lesquels elle joue, elle pose une ambiance qui donne du corps à la pièce. L’aspect brut de cette démarche renvoie à l’univers du roman de Jeanne Benameur. Dans la pièce, le jeu des actrices s’intègre parfaitement à cette trame sonore dans une forme peu classique et surprenante.

Guy Schneider 

 

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BELLE MÊLÉE D'ACTRICES

 

Alexandre Demidoff, Le Temps, 8 mai 2014


Le Genevois Didier Carrier monte «Les Demeurées», récit joliment tourmenté de la Française Jeanne Benameur. Son spectacle vibre au Théâtre de Vidy


Deux ensouchées. La mère et la fille. Deux assiégées, fondues dans l’argile de leur amour. C’est la fable des Demeurées, récit de la Française Jeanne Benameur qui crépite en braise dans la petite salle du Théâtre de Vidy. Le texte? Un tressage de paysages sensoriels où se mêlent les figures de sauvageonnes, La Varienne d’un côté, sa fille Luce de l’autre, des recluses en bordure d’un village qui ont fait vœu de demeurer exilées. Le metteur en scène Didier Carrier transpose ce palimpseste en rhapsodie épidermique, portée par Laurence Vielle et Maria Perez, des actrices qu’on aime, et par la musicienne Béatrice Graf.

Elles sortent de leur terrier, Laurence Vielle et Maria Perez, silhouettes béantes, portant l’effroi sur leurs visages. Elles racontent et vivent dans un même courant l’histoire de La Varienne et de Luce, l’enfant qui a l’esprit en pelote. L’alphabet est une cabale, le monde un chaudron. Regardez-les, la grande – Laurence Vielle – et la petite, presque à portée de main du spectateur, elles s’emmitouflent dans une même confidence. Derrière, sur un ponton chaviré, Béatrice Graf tintinnabule dans un manteau de cosaque. Elle, c’est l’âme musicale de l’histoire, qui d’une batterie de cuisine fait une charge héroïque ou un sabbat. Mais voici qu’on touche au nœud: l’arrivée de Solange l’institutrice, Solange qui voudrait débroussailler Luce, lui donner le goût de l’azur, Solange donc qui pousse la porte des demeurées.

Didier Carrier compose un jardin d’hiver qui a sa cohérence, tendre et élémentaire. On les écoute, donc, Laurence Vielle et Maria Perez. Elles disent Mademoiselle Solange qui s’ensable, toutes ses croyances en pagaille, et qui s’embrouille jusqu’au cimetière. Elles disent Luce la demeurée qui se désengorge, sauvée, mais oui, par les mots. Elles épousent la rocaille d’un auteur qui dans ses meilleurs moments évoque l’univers du Québécois Daniel Danis; elles éprouvent ses soubresauts, s’endiablent dans ses entrelacs. Deux actrices mêlées ainsi, c’est assez beau.

 

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LE SAVOIR UNE ÎLE LOINTAINE

 

Valérie Bory, Choisir, juin 2014

 

Sur un court texte d’une romancière qui perce - Jeanne Benameur – deux comédiennes et une percussionniste, Laurence Vielle, Maria Pérez et Béatrice Graf, ont créé un petit bijou de spectacle autour des mots, témoins d’une histoire sociale.

Il y a la mère, la Varienne, une « demeurée », analphabète, et sa fille, happée par l’école obligatoire (qui libère par l’instruction ou qui remet dans le rang, comme on préfère), dans un petit village où tout se sait.

Les mots, dits et joués avec passion sur scène, s’engouffrent par les yeux - le tableau noir - et ressortent par la bouche de la fillette, Luce, rétive malgré elle, car la distance affective avec sa mère ignorante est trop douloureuse. Les oreilles, c’est la part de la percussionniste, qui fait feu de tout bois, ou plutôt de toute casserole, dans cet univers qu’on imagine fruste, seulement évoqué par de vieux cartables, des ustensiles de cuisine, des bassines en fer blanc, du papier froissé, une corde à linge, des napperons brodés.

Luce, un prénom presque chanté, « un cri d’oiseau dans le matin », se réfugie dans les bois. Ça sera une perte pour personne, pense sa mère. « Elle fera une servante. »

Cela devait être ainsi dans les campagnes, au début de l’école obligatoire. Et sans doute aujourd’hui encore, ailleurs, très loin… et pas si loin, en somme, avec l’ailleurs transplanté ici. On pense à une autre écrivain, Noëlle Revaz, qui a aussi décrit avec force l’ignorance des êtres, proches des bêtes.

Bref. Il y a une histoire qui touche : le difficile parcours pour échapper à ce qui ressemble à une malédiction quand on vient de si bas. Mais la fillette sera sauvée par sa découverte du fil – on pense évidemment au fil d’Ariane, aux fileuses, aux mailles de Pénélope, à tout ce qui a fait le destin, humble ou mythologique, de générations de femmes. Des pelotes de coton à broder données par une villageoise un peu plus riche, qui emploie La Varienne à laver son linge, ouvriront à nouveau l’espace des mots à la fillette. Mots qui lui reviennent, qu’elle brode avec amour sur des napperons, pour les apporter à son ancienne maîtresse, malade, Mademoiselle Solange.

On n’est pas dans Zola, car le récit est poétique. Et peut-être que la poésie a parfois besoin d’ignorance pour s’envoler…

LE POCHE à PARIS
28/08/2014
 

LES COMBATS D'UNE REINE À LA MANUFACTURE DES ABBESSES

 

Catherine Robert, La Terrasse, 25 septembre 2014 - N° 224

 

LES COMBATS D’UNE REINE

 

La prison, le trottoir, la maladie : Françoise Courvoisier retrace la vie et les combats de Grisélidis Réal en confiant l’excellente adaptation de ses textes à trois comédiennes éblouissantes.

 

Jolie, parce que tendre encore, à l’aube du personnage que la vie façonnera, Grisélidis est en prison, en Allemagne. Belle, parce que les combats ont commencé de l’aguerrir et qu’être maîtresse universelle l’a faite maîtresse femme, Grisélidis est devenue péripatéticienne et écrivaine, grande connaisseuse de l’âme humaine et militante du droit des catins à faire métier de leur corps. Sublime, au crépuscule d’une existence qui a choisi la liberté comme étendard, elle se bat contre le cancer qui la met enfin sur le flanc. Allongée, souvent ; couchée, jamais. Françoise Courvoisier incarne l’étape intermédiaire, celle de la maturité politique. Elle confie à Elodie Bordas, dont la joliesse égale la fraîcheur, le temps de la prison et des choix primordiaux. Elle offre à Judith Magre l’occasion de déployer son merveilleux et hallucinant talent dans l’ultime flirt avec la mort. Sur la scène que découpent les lumières d’André Diot, les trois comédiennes prennent tour à tour la parole, dressant le portrait fascinant de la reine des putains.

 

Le trottoir tient le haut du pavé

Grisélidis Réal exigea qu’on inscrive sur sa tombe : « écrivaine, peintre et prostituée ». Depuis 2009, elle repose au Cimetière des Rois, à Genève, ville encore empreinte, quand elle y faisait commerce de ses charmes, du quintuple adage calviniste, que résume Zweig dans Conscience contre violence : exister, mourir, travailler, obéir et aller à l’église. Grisélidis Réal lutta toujours contre la bêtise folle et cruelle du grand enfermement : la prison, les préjugés, la relégation symbolique. Elle, qui vendait de l’amour, actualisa l’évidence que ce qui fait la différence entre une pute et une bourgeoise, c’est que l’une offre contre de l’argent ce que l’autre troque contre des avantages en nature. Pour le reste, la seule chose qui vaille est le talent, et l’artiste n’en manquait pas. Sur ce point, Françoise Courvoisier est à la hauteur de celle à laquelle elle rend hommage. Sa mise en scène orchestre élégamment la distribution de la parole entre les trois âges de la vie, et son interprétation est percutante et émouvante. De même, le jeu d’Elodie Bordas est juste, poignant et attendrissant. Et, évidemment, mais il faut redire les évidences, Judith Magre règne sur la scène, en vieille sphinge malicieuse et drôle, parvenue à un degré de maîtrise de son art qui force l’admiration.

 

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Gilles Costaz, Théâtral magazine, septembre-octobre 2014

 

(…) L’adaptation saisit bien tous les aspects d’un personnage passionnant, pute non soumise en guerre avec l’ordre social et religieux. Et les trois actrices font bien claquer cette langue crue et vraie. En Grisélidis livrant ses derniers combats contre le mal et l’hypocrisie, Judith Magre, dans une tenue façon panthère, est somptueuse, passant des coups de griffe à l’ironie royale au chant intérieur où se côtoient la bonté et le désespoir.

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Philippe Chevilley, Les Échos, 1er septembre 2014

 

Qui d’autre que Judith Magre, artiste exceptionnelle à la jeunesse inoxydable, pouvait le mieux incarner cette putain magnifique au crépuscule de sa vie ? La comédienne met son naturel, son ironie mordante, et son humanité au service de ce rôle complexe et provoquant. (…) On entend très bien ce texte à la fois salé, émouvant, libertaire et poétique : une ode au sexe libéré, aux amours « borderline », aux « bad girls » et aux sans-grade :

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ARTKULT.FR, 31 août 2014

 

Les textes de Grisélidis Réal sont une analyse de l’humain sans concession. Activiste, combattante, c’est elle qui mène à Paris la « Révolution des prostituées » en 1975, se battant pour que ce métier soit désormais reconnu. Sur scène, on la voit se désoler de l’effroyable retour en arrière voulu par Sarkozy, alors ministre de l’intérieur au début des années 2000, et du délit inventé de « racolage passif ». Elle fustige ainsi l’hypocrisie des politiques : difficile de ne pas faire de lien avec les discours du pouvoir en place aujourd’hui…

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Denis Sanglard ,Un fauteuil pour l’orchestre – Le site de critiques théâtrales parisien, 4 septembre 2014

 

Judith Magre est impériale, oui, et s’empare de Grisélidis Réal avec le même appétit d’ogresse que celle qu’elle incarne. Drôle, farouche, incurable qui, implacable, scrute l’évolution de son cancer et pourtant terriblement, follement, joyeusement vivante. Fragile aussi mais forte de cette lucidité, de cette ironie imparable qui ne lui fait rien épargner pas même elle. Sans pathos ni sensiblerie à l’image de celle qui «ne voulait pas se rendre» Judith Magre dessine un portrait saisissant, obstinément dans l’instant sans refuser l’échéance inévitable mais chargée du poids d’une vie «à suivre son instinct».

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Cécile Maslakian, Rhinoceros, la critique à la dent dure, 9 septembre 2014

 

Grisélidis Réal a eu plusieurs vies et mené bien des combats. Écrivaine, peintre et prostituée suisse, elle fut avant tout une femme libre à la vie et l’œuvre étroitement liées. Les Combats d’une reine éclaire son incroyable parcours dans un texte rageur, frondeur et cru d’où se dégage un mélange de lucidité criante et d’innocence désarmante.

SAISON 2014-2015
23/05/2014
 

Rosine Schautz, Scènes Magazine, septembre 2014

 

FRANÇOISE COURVOISIER, UNE SAISON EN FORME DE CODA


Saison en effet en forme ‘concluante’, mais aussi modulante, et peut-être quand même thématique. Saison de clôture qui mêlera à la fois des pointures comme Jean-Quentin Châtelain, Gérard Desarthe, Carole Bouquet, et des esprits curieux, investigateurs avec notamment Attilio Sandro Palese, Julie Duclos ou José Lillo.

Des ‘retours’ aussi qui mettent l’eau à la bouche: après avoir enchanté en 2012 avec Chute d’une nation, Yann Reuzeau revient avec Mécanique instable, spectacle sur et autour du monde du travail.

Attilio Sandro Palese proposera fiévreusement un Fever, à la vie, à la mort en ouverture de saison. Théâtre basé sur une réinterprétation de la dansante Fièvre du samedi soir de nos meilleurs souvenirs adolescents.

En février José Lillo s’attellera, avec la pertinence qu’on lui sait, au dossier du Rapport Bergier. Pour lui le débat n’ayant jamais vraiment eu lieu en son temps, pour diverses raisons dont l’affaire des fonds en déshérence, il est de ceux qui pensent qu’il reste essentiel de savoir ce qui s’est fait en Suisse durant cette période chaotique qui ne passe pas vraiment, ni ici ni ailleurs, d’ailleurs ! Avec Maurice Aufair, Felipe Castro et Lola Riccaboni en piste pour nous aider à voir et à comprendre. Et reprendre le fil de l’Histoire.

Julie Duclos créera de son côté Du pain et des Rolls, adaptation théâtrale du film culte de Jean Eustache, La Maman et la Putain. Triangle amoureux en perspective, mais pas seulement. Car en pluralité de perspectives.

Enfin Françoise Courvoisier reprendra son spectacle-phare, entré désormais dans les mémoires, Les Combats d’une reine, hommage tendre et réussi à Grisélidis Real, écrivaine, peintre et prostituée que l’on ne présente plus.

Et d’autres surprises encore (dont la rencontre Claudia Stavisky et Penelope Skinner dans une pièce britannique En roue libre inédite en français) sur lesquelles nous reviendrons forcément.

 

Pinter

A ne manquer sous aucun prétexte en fin de saison, Ashes to Ashes  de Pinter, mis en scène par Desarthe et interprété par Carole Bouquet.

Mais aussi, moins ‘glamour’ peut-être (quoique…), mais tellement vraisemblable et drôle, l’histoire d’un homme et son boa. Oui, l’idée géniale de Jean-Quentin Châtelain de proférer sui generis les mots d’Emile Ajar extraits de Gros-Câlin est à voir absolument. Vrai morceau de littérature fantaisiste et déroutante d’un Romain Gary, le facétieux et ubiquitaire écrivain deux fois Goncourt, qui ‘nous’ a bien eus sous ses masques pseudonymiques… en achevant définitivement sa vie un fameux 21 mars 1979 d’un « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci » dévoilant ainsi sobrement et sans ambages sa supercherie dans son dernier « Vie et mort d’Emile Ajar ». 

 

 

Entretien avec Françoise Courvoisier

 

Quelle a été l’idée qui a présidé à l’élaboration de cette ultime saison au Poche ? 

 

Il n’y a pas d’idée directrice au sens plein du terme. Plutôt des envies, des désirs. J’ai toujours pensé que les acteurs étaient au cœur de la représentation, particulièrement au Poche où le rapport scène/salle est si privilégié. Il demande justesse et précision. J’ai donc une fois de plus misé sur des « directeurs d’acteur », comme Sandro Palese, Yann Reuzeau, Claudia Stavisky ou Gérard Desarthe. Cela me plaisait d’ouvrir ma dernière saison avec FEVER, d’après le film culte, La Fièvre du samedi soir. Non seulement parce que j’aime le travail de Sandro Palese (il possède un précieux mélange de folie et de rigueur) mais aussi parce qu’il tenait à travailler avec des jeunes acteurs, récemment sortis d’écoles de théâtre. Il a rencontré une quarantaine de jeunes comédiens établis en Suisse romande pour trouver sa bande de six jeunes paumés, qui s’éclatent le samedi soir à la disco du coin. Pour le casting, il était accompagné de la chorégraphe Cathy Eybert qui orchestrera les danses. C’est fondamental d’offrir des tremplins aux nouvelles générations de comédiens et en plus, c’est vivifiant pour le public !

S’il y avait une idée primordiale, je dirais que c’est plutôt une cohérence entre un texte, des acteurs, et des metteurs en scène. Je ne suis pas très attachée à l’idée d’une thématique. Souvent un fil rouge apparaît finalement, au moment où je présente la saison ! C’est assez magique d’ailleurs. Je crois qu’il s’agit d’une cohérence intuitive et les liens, les échos d’un spectacle à l’autre émergent soudain de façon évidente, alors que sincèrement, je ne les avais pas prémédités.

Et puis il y a aussi des fidélités envers certains compagnons de route. Par exemple José Lillo, que j’ai dirigé comme acteur dans Jean la vengeance de Jérôme Robart, qui a adapté avec tant d’intelligence le Gorgias de Platon, reviendra avec un texte personnel, en cours d’écriture. Il s’agit du Rapport Bergier, qui interroge le rôle de la Suisse pendant la seconde guerre mondiale. Un sujet encore chaud qui nécessite un doigté particulier, dont je me réjouis de découvrir l’aboutissement… Ce projet fait partie des « prises de risque » qui constituent aussi mes programmations.

Les saisons se suivent, mais laissent des traces. Chaque nouvelle saison fait quelques clins d’œil aux précédentes. J’ai l’impression que ces douze saisons au Poche sont comme des témoins de différentes histoires : celles que racontent les auteurs, mais aussi celles de leurs interprètes : les acteurs, les metteurs en scènes, les scénographes, et… les spectateurs, qui suivent tout cela et qui ont leur avis. Ils en en parlent, ils aiment, ils détestent, ils adorent, ils contestent, et surtout, ils se souviennent… C’est cela qui importe. Qu’est-ce que c’est riche ! Quand j’y pense, cela me donne le tournis.

 

Le Pinter, c’est pour l’écriture anglaise ou pour l’Angleterre plus globalement ?

 

Il n’y a pas eu une saison au Poche sans un auteur anglais, je crois ! Arnold Wesker, Martin Crimp, Harold Pinter mais encore, cette saison, la jeune Penelope Skinner, avec son texte « très osé » En roue libre, qui parle de la libido incontrôlable d’une femme enceinte ! C’est mordant, très drôle aussi. Les auteurs anglais ont l’art du dialogue, ce qui peut parfois manquer aux pièces françaises. Ils n’ont pas peur de « faire de l’esprit ».

 

Une directrice de théâtre est-elle forcément plus sensible à donner la parole à des femmes ? 

 

Cette saison est effectivement très féminine. Côté auteurs avec Jeanne Benameur, Grisélidis Réal et Penelope Skinner, justement ! Et de grandes actrices, de tous les âges : Julie Rahir, Laurence Vielle, Maria Perez, Élodie Bordas, Judith Magre, Lola Riccaboni, Carole Bouquet, et j’en oublie. De même que les metteurs en scène : Bérangère Bonvoisin, Claudia Stavisky… Mais là à nouveau, il n’y a aucun volontarisme de ma part, cela s’est présenté naturellement. Et cela me ravit car je n’ai pas toujours autant gâté la gente féminine ! Les quotas, ce n’est pas mon fort. Je pense que l’art ne peut pas s’embarrasser de cela.

 

Et les tournées ? Je vois que beaucoup de spectacles ont eu une vie après le Poche, et une vie réussie sans conteste… 

  

Oui, c’est vrai. Je suis fière de pouvoir dire que nous avons une centaine de dates à l’extérieur chaque saison. C’est un travail de diffusion de longue haleine qui porte ses fruits. Nos spectacles voyagent autant à Bruxelles, qu’en Suisse romande et en France. Cet été, nous avions deux créations du Poche au Festival d’Avignon : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? de et par Dominique Ziegler et Bourlinguer de Blaise Cendrars avec Jean-Quentin Châtelain. Les deux spectacles ont cartonné !

J’ai en effet à cœur que les spectacles tournent, aient deux, trois, cinq vies après le Poche. Le théâtre doit être en mobilité, doit être sur ‘les chemins’.

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Sèverine Garat, LeProgramme.ch, 2 septembre 2014

 

UN DÉPART EN GRANDE POMPE !

 

Elle s’appelle Françoise Courvoisier et dirige le théâtre Le Poche depuis douze ans. Avant passage de témoin au valaisan Mathieu Bertholet, qui reprendra les rênes de la maison dès juillet 2015, cette dame bien connue des professionnels de la profession ne semble pourtant rien avoir perdu de sa joie de vivre malgré son prochain départ. Au contraire ! C’est une saison placée sous le signe de la fête, une saison qui scintille, à l’image d’une directrice aussi gourmande qu’insatiable. Rencontre avec une grande bavarde passionnée qui nous a tout simplement préparé « un cocktail explosif » !

 

 

Vous êtes auteure, comédienne, metteure en scène et directrice du théâtre Le Poche depuis plus de 10 ans. Comment réussissez-vous à combiner tout cela ?

 

Dans l’ordre, il faudrait dire metteure en scène, directrice de théâtre et comédienne. Car je privilégie désormais mon activité de mise en scène depuis ma nomination au Poche.

J’avais déjà trente ans quand j’ai signé ma première mise en scène. Comme comédienne, j’ai travaillé avec pas mal de pointures que je garde précieusement en mémoire, comme Benno Besson par exemple. Je n’ai joué qu’une seule fois au Poche et c’était l’an dernier. Et cela faisait un moment que je n’avais pas remis les pieds sur scène pour tout dire ! Au début j’étais assez inquiète. Et puis on s’aperçoit vite que c’est comme le vélo : ça revient vite ! S’agissant de mon autre casquette, celle de directrice, c’est un très grand luxe qui m’est évidemment offert. Et c’est pour cela que je suis toujours en faveur des artistes à la tête des institutions plutôt que des technocrates de la culture - sauf les artistes qui ont un égo surdimensionné… et il en existe malheureusement beaucoup ! Il faut avoir un certain sens du partage pour assumer cette fonction, grâce à laquelle on va puiser une nouvelle énergie au contact d’autres artistes, d’autres langages, d’autres personnes. Et puis, diriger un théâtre ce n’est pas seulement faire une programmation. C’est aussi gérer une équipe administrative, un personnel technique, la communication etc. sans qui les artistes ne pourraient pas vraiment déployer leurs ailes. Tout cela est très lourd mais compte énormément. 

 

Quelle première rencontre marquante avec l’art et/ou la culture dans votre histoire personnelle et votre parcours pour en arriver là ?  Et quel bénéfice principal tirez-vous de tels choix professionnels au quotidien ?

 

Cela va peut-être vous surprendre, mais mon quotidien c’est pleinement le théâtre. Même avant de diriger Le Poche. Certes, il faut revendiquer que c’est un métier. Mais c’est aussi et surtout à mon avis, une façon de vivre. Je me souviens des mots de Jean-Pierre Malo accueilli ici l’an dernier avec La force de tuer de Lars Norén. Il disait que le métier de comédien tenait au fait de se lever le matin et de se préparer toute la journée à jouer le soir. C’est cela le théâtre, c’est avant tout une passion. De mon côté, je viens d’une famille ancrée dans la musique. Et pour les miens, le théâtre était plutôt anecdotique.  La musique appartenait à une sphère bien plus supérieure, un art majeur qui se passe de mots justement. Je ne me disais pas qu’ils avaient tort ou raison mais en tous cas, s’ils avaient raison, je préférais alors me dire que la musique, c’était sans doute trop « énorme » pour moi. J’aimais précisément l’aspect ludique du théâtre.  J’y suis vraiment venue par le jeu d’enfant. J’étais tout le temps en train de jouer un personnage, une situation imaginée. Et je crois que cela ne s’est jamais vraiment arrêté en fait !  Ce n’est pas forcément une fuite, mais plutôt une certaine manière de vivre.

 

Après 12 années passées au Poche, comment définiriez-vous votre mission principale au regard du cahier des charges qui est le vôtre ? Et à quel savant dosage devez-vous vous prêter pour composer une saison destinée à près de 20 000 spectateurs-trices ?

 

Mon goût est très éclectique et je n’ai aucune difficulté à contraster mes choix. J’ai besoin de travailler avec autant de gravité que de légèreté. Pour peu que l’on s’entende sur le fait que léger ne signifie pas superficiel… Les 10 spectacles programmés cette saison s’adressent à un public fidèle et particulièrement enthousiaste, que je n’ai ni envie, ni intérêt de décevoir ! 170 personnes étaient présentes à notre présentation publique de saison, ce n’est pas rien ! C’est précisément le noyau du Théâtre. Mais il y a aussi un public frais, que certains sujets, textes ou autres attirent spontanément. C’est important aussi d’avoir ce type de public en tête quand on compose une saison. Car s’il s’agit de le faire venir, il importe surtout de le faire revenir !

 

Vous prenez quand même le risque de démarrer la saison par 3 créations, successivement à l’affiche du Poche de septembre à novembre 2014. Devons-nous ici y voir un choix ou simplement une gestion de calendrier ?

 

C’est davantage dû au hasard de calendriers croisés que véritablement un choix. Cela dit, je défends activement l’idée de s’engager en faveur de la création, sans pouvoir présumer en amont de ce que sera le « résultat ». Le public du Poche vient aussi pour cela et aime participer à la découverte et à la reconnaissance des artistes.

Fever d’Attilio Sandro Palese, qui ouvre notre saison, est un projet sur lequel je fonce sans hésiter! Cet artiste de 40 ans est juste un véritable chien fou ! Il fait un travail singulier où il arrive à mêler une sorte d’agressivité à un plaisir de la vie. Quand il me propose un texte et une mise en scène autour du film culte La fièvre du samedi soir, je n’ai pas besoin de réfléchir une seule seconde. S’agissant de Beckett, il faut se souvenir que les salles se vidaient à son époque et qu’aujourd’hui, c’est simplement un monstre. Avec En attendant Godot, mis en scène par Laurent Vacher, aucune hésitation non plus, tant il est sidérant de voir comment l’œuvre est encore si actuelle et résonne avec l’époque qui est la nôtre, entre espoir et détresse d’une humanité en quête de sens. Quant au texte de Jeanne Benameur, Les Demeurées, mis en scène par Didier Carrier, autour de la question de l’enseignement et de la transmission générationnelle, c’est tellement urgent et important, que je fonce encore !

 

Après quoi, c’est à vous, avec Les combats d’une reine, créé en 2010 au Festival d’Avignon et repris au Théâtre de la Manufacture des Abbesses cet automne à Paris. Comment vous y êtes-vous prise pour mener ce travail si sensible autour de la vie de Grisélidis Réal ?

 

Il y a vingt ans, personne n’avait jamais porté à la scène les textes de Grisélidis Réal. Et j’avoue que je suis un peu fière d’avoir été la première à m’y risquer avec un spectacle intitulé Grisélidis. Quand j’ai découvert ses écrits, j’ai été incroyablement bouleversée et en même temps, ils me donnaient une pêche d’enfer ! J’ai absolument voulu la rencontrer. C’était une personne extraordinaire, une sorte de Jean Genet au féminin. J’ai rapidement obtenu sa confiance quand elle craignait un regard critique ou une pitié déplacée sur son activité de prostituée. On a fait certaines lectures partagées, on a beaucoup regardé de documentaires au sujet de la prostitution. Mais cette écriture témoigne de bien plus que du seul métier de prostituée. Cela touche aux notions de différence et de revendication d’une certaine liberté féminine. Et cela me parle, forcément.

 

Parmi les 4 créations que vous accompagnez la saison prochaine, il y a aussi celle de José Lillo, pour une adaptation libre des 11 000 pages qui constituent le rapport Bergier. Une commande politiquement incorrecte chuchotée à José ?

 

Non, c’est vraiment son idée! J’ai senti que José était tenté par l’écriture, et vu que c’est quelqu’un qui a le sens du dialogue, j’ai aussitôt pensé qu’un travail d’adaptation serait une bonne chose pour lui. Je l’ai encouragé sur ce chemin. Le Rapport Bergier est sans conteste le truc le moins politiquement correct de la saison ! Et quand on sait le voile encore très épais qui flotte sur ce lourd « passé suisse », je trouve l’initiative nécessaire. Le sujet est très délicat et réclame une belle intelligence pour être capable de s’en saisir.

 

Les partenariats que vous réussissez à tisser à l’échelle locale et internationale, d’un point de vue artistique, économique (coproductions avec le Théâtre de Vidy Lausanne, le Théâtre des Célestins à Lyon et le Théâtre de l’Orangerie et participation au programme interreg), voire pédagogique (des distributions composées de jeunes comédiens de la HETSR Manufacture ou de la nouvelle promo issue du Conservatoire national de Paris ) participent activement au rayonnement des artistes, à la circulation des publics et à la mutualisation des moyens. Qu’en est-il de la diffusion ?

 

Depuis une dizaine d’années, malgré les difficultés économiques, Le Poche présente tout de même une centaine de représentations hors les murs. Si nous ne rencontrons guère de souci en matière de production, la diffusion reste un enjeu majeur. Bien que Sami Kanaan, notre conseiller d’Etat, soit favorable à une aide à la diffusion, il n’est pas dans la tradition genevoise de dégager des fonds pour cela. Ils restent très inférieurs aux besoins des compagnies. Il est donc important de réfléchir à cette question car, une création doit pouvoir tourner, c’est-à-dire, vivre ! Nous devons nous battre pour faire entendre cette nécessité. S’ouvrir au monde, faire voyager les écritures, les artistes, les mises en scène…c’est magnifique et important !

 

C’est votre dernière saison à la direction du Théâtre Le Poche. Le travail mené jusqu’ici en faveur des écritures contemporaines sera-t-il aussi intensément poursuivi par votre successeur ?

 

Mathieu Bertholet est quelqu’un qui saura poursuivre cet engagement, sans aucun doute. Et c’est essentiel, quand depuis 1948, date de création du Théâtre de Poche, aucune direction n’a dérogé à cette « règle ». Je passe le témoin sans inquiétude.

 

Un conseil à lui donner ?

 

« Ne sois pas trop obéissant ! » Mais il n’en a pas l’air, donc tout devrait bien se passer !

 

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Corinne Jaquiéry, La Liberté, 23 août 2014

 

FRANÇOISE COURVOISIER, FLAMBOYANTE AU SOLEIL DU THÉÂTRE

 

Ardente et audacieuse, la directrice du Théâtre de Poche à Genève entame sa douzième et dernière saison sans regrets, portée par l’amour du jeu. Portrait.

 

La singularité. Voilà ce qui plaît vraiment à Françoise Courvoisier dans ses choix de théâtre et dans sa vie. Peut-être parce qu’elle aussi porte en elle quelque chose de singulier: une passion dévorante pour le théâtre qui la distingue au quotidien. Vibrante, rouge à lèvre éclatant, elle ose la différence. «Je trouve prétentieux de se trouver soi-même différente, mais quand on me dit que je suis spéciale, je prends ça pour un compliment », dit-elle en éclatant d’un rire malicieux qui revient souvent ponctuer la conversation. «Il y a tellement de conventions, de principes auxquels il ne faut pas déroger dans notre société, c’est bien d’apporter parfois de la rugosité. Lorsque l’on dit d’un acteur qu’il est lisse, c’est épouvantable, non? »

 

Pour cette comédienne qui a créé son propre lieu – La Grenade, en 1997 – le théâtre se vit contemporain et doit emmener hors des sentiers battus. Ainsi son premier spectacle Lucie, June, Claire, Maya (1991) traitait de schizophrénie d’après les écrits des psychiatres Laing et Esterson. «Il me semble que l’éclat vient souvent de la face cachée» avance-t-elle avec douceur.

 

Dans le regard de l’autre, cette mélomane cherche le diapason, préférant la concorde à l’opprobre, même si elle n’a jamais eu peur de proposer des spectacles qui ont pu faire polémique comme ceux qu’elle a créé autour de la parole de Grisélidis Réal – la seule prostituée ensevelie au Cimetière des Rois, panthéon genevois des personnalités. «Je n’aime pas la marge pour la marge, mais quand je rencontre une femme comme Grisélidis, «la prostituée la plus fière et la plus douée de la littérature européenne » selon Le Magazine Littéraire, je ne peux que lui rendre hommage en portant ses textes à la scène.»

 

En 1993, elle présente son deuxième spectacle en tant que metteur en scène avec Grisélidis, puis, dix ans plus tard, toute nouvelle directrice du Théâtre le Poche, elle monte Sphinx du macadam. Enfin récemment (2011), elle sollicite la ténébreuse comédienne française Judith Magre pour Les combats d’une reine, qu’elle reprend encore cette saison après l’avoir présenté à Paris fin août. «Je boucle la boucle. C’est joli de finir avec l’auteur par qui j’ai commencé en tant que directrice. J’ai eu un coup de cœur terrible pour Grisélidis. Elle m’a fait tellement rire, et m’a aussi bouleversée. Je veux la garder vivante en travaillant ses textes.»

 

Rire de ses décrépitudes

 

Les coups de cœur, Françoise Courvoisier les cultive avec bonheur. Des rencontres  fortes avec des femmes et des hommes qui émargent presque toujours du théâtre. Il y a eu Benno Besson, Claude Stratz ou Grisélidis Réal, mais le lien le plus intense sera celui qu’elle entretiendra avec René Gonzalez, ancien directeur du Théâtre de Vidy, aujourd’hui disparu, avec qui elle a parlé théâtre jusqu’au vertige. «La mort a toujours été très, trop présente dans ma vie. J’ai perdu ma mère très tôt, puis beaucoup d’autres gens qui m’étaient chers…»

 

Cette finitude inéluctable ne lui fait pourtant pas peur et elle l’évoque sans fards. En revanche les stigmates du vieillissement ne l’intéressent pas. «L’âge ? Je le traverse, mais je ne m’y vautre pas », ironise cette jeune quinquagénaire qui évite l’écueil de la date de naissance. «Je trouve inutile d’évoquer ses vapeurs ou d’autres problèmes liés à l’âge. Je veux développer le rêve, pas parler de mes varices, car comme le dit Grisélidis, il faut se rire des décrépitudes et des écroulements. »

 

Affamée de textes

 

La force des mots, Françoise Courvoisier y croit. Dès l’âge de dix ans, elle tient son journal pour immortaliser ses rêves. Aujourd’hui, elle écrit toujours, des pièces et des chansons et aime mettre les auteurs en valeur au Poche. De jeunes écrivains suisses contemporains comme Attilio Sandro Palese (en ouverture de saison), Dominique Ziegler ou la Fribourgeoise Sandra Korol ou un peu plus anciens comme Michel Viala et Blaise Cendrars. «J’aime vraiment que les textes soient un peu mieux que la vie, un peu plus creusés que le langage quotidien. Si c’est pour trouver sur scène ce que l’on peut voir au bistrot du coin, c’est dommage. Pour moi, un texte peut habiller un plateau autant qu’un beau décor.»

 

Alors que va bien pouvoir faire cette affamée de textes et de théâtre après son départ du Poche ? «Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je vais sans doute continuer à mettre en scène, écrire et jouer… Et j’aimerais bien faire un tour de chant», confesse-t-elle. «J’ai baigné dans la musique car mon père était violoncelliste. J’ai d’ailleurs fait du piano. A l’époque, il y avait trop de musique autour de moi. Il y en a toujours, mais de manière différente car mon compagnon de vie est musicien. Il fait toutes les bandes son de mes spectacles. J’aime la chanson. J’écris des chansons depuis des années. C’est aussi une manière de transmettre l’émotion. Très peu de mots pour parler de la vie.»

 

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FRANÇOISE COURVOISIER, LES FEUX D'UNE ULTIME ENVOLÉE

 

Marie-Pierre Genecand, Le Temps, 23 mai 2014

 

Mercredi, à Genève, la directrice du Théâtre Le Poche a présenté sa douzième et dernière saison.

 

Ah, Françoise Courvoisier ! Unique dans son côté d’éternelle fiancée du théâtre… Mercredi soir, la juvénile quinquagénaire a présenté sa douzième et dernière saison à la tête du Poche, à Genève. Et choisi pour l’occasion un code couleur rouge à pois blancs, coup de fraîcheur contre la morsure du temps. La directrice était émue, on la comprend, en déclinant les spectacles qui composent son dernier menu. Emue et un peu perdue… Le cœur et ses palpitations! Mais la saison est solide et même d’exception. Avec, d’un côté, des pointures comme Jean-Quentin Châtelain, Gérard Desarthe, Carole Bouquet, et de l’autre, des têtes chercheuses comme Attilio Sandro Palese, Julie Duclos, José Lillo. Des retrouvailles, aussi, qui réjouissent: après avoir sidéré en 2012 avec Chute d’une nation, série théâtrale sur les tribulations d’une élection, le Français Yann Reuzeau revient avec Mécanique instable, fresque sur le monde du travail. On trépigne déjà.

 

Casque à paillettes

 

La maîtresse de céans éblouissait dans son habit blanc, il est arrivé coiffé d’un casque à paillettes et s’est vautré à ses pieds. Punk par essence, Attilio Sandro Palese n’a peur de rien, et son Fever, à la vie, à la mort qui ouvre la saison promet de belles étincelles. Dans cette réécriture de La Fièvre du samedi soir «axée sur le tomber de masque et la liberté», le metteur en scène fera danser de jeunes comédiens. Même belle promesse de secousses avec José Lillo, qui rouvrira le dossier du Rapport Bergier en février. «A cause des fonds en déshérence qui ont braqué le peuple, le débat n’a pas vraiment eu lieu. Pourtant, il est important de savoir ce qui s’est passé en Suisse durant cette période», a expliqué l’artiste genevois. Maurice Aufair, Felipe Castro et Lola Riccaboni remonteront le cours du temps avec lui.

 

Autre enquête sur un passé, récent, autre réécriture à partir d’un film: la Française Julie Duclos créera Du pain et des Rolls, libre adaptation théâtrale de La Maman et la Putain, de Jean Eustache. «Il s’agit d’interroger le triangle amoureux et la figure à contre-courant d’Alexandre», a confié la jeune femme, dans une interview filmée.

 

Et Françoise Courvoisier ? La directrice reprend un spectacle poignant. Les Combats d’une reine, délicat hommage à Grisélidis Real à travers trois âges de la vie de celle qui se définissait comme «écrivaine, peintre et prostituée» (LT du 11.03.2011). La tête haute, le corps ouvert et le cœur large. De quoi rapprocher Grisélidis Real de Becky, héroïne de Penelope Skinner dans En roue libre. «Une jeune femme dont la grossesse n’entame pas l’appétit sexuel, au contraire», a prévenu Claudia Staviski, directrice du Théâtre des Célestins, à Lyon. David Ayala, Valérie Crouzet et Julie-Anne Roth, géniaux chez Dan Jemmett, se feront un plaisir de secouer le cocotier british.

 

Carole Bouquet hantée

 

Qui dit Angleterre, pense Pinter. Le Prix Nobel de littérature et son art de la dissimulation séviront en fin de saison avec Ashes to ashes, rebaptisé Dispersion. Gérard Desarthe dirigera les opérations et jouera lui-même Devlin, un homme dont l’épouse, Rebecca, est hantée par la Shoah sans jamais la nommer. La mystérieuse Carole Bouquet interprétera cette âme intérieurement agitée.

 

Avant, il y aura eu un homme et son boa. Jean-Quentin Châtelain revient au Poche avec Gros-Câlin, partition fantasque de Romain Gary très éloignée du Bourlinguer de Cendrars, auquel le comédien a prêté sa puissance massive en février. Ici, il est question d’un solide serpent et d’une sirène sensuelle… Une prose d’une autre étoffe, pour le même phrasé, nasillard et envoûtant, de notre mage préféré.

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LES THÉÂTRES DONNENT LEURS SAISONS EN SPECTACLE

 

Katia Berger, La Tribune de Genève, 23 mai 2014

 

Le Poche dévoile son affiche 2014-2015. Amuse-bouche.

 

Principales tendances de cette programmation charnière : un retour aux sources de l’écriture dramatique contemporaine, avec un Beckett et un Pinter. Et un amour affiché pour les « demeurées », ces rebuts d’une société battante, avec une pièce du même nom (au féminin pluriel) sur les savoirs inégaux d’une institutrice et d’une idiote du village. Avec un spectacle consacré à Grisélidis Réal. Et un solo de Jean-Quentin Châtelain en homme-python boursouflé de solitude. Le tout couronné par deux pièces plus carrément politiques : l’autogestion d’une entreprise et les compromissions de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. La sensibilité à autrui, tel est le maître mot au théâtre Le Poche.

 

Pierres fines au Poche


Sur les dix spectacles qui donneront son âme au Poche 2014-2015, quatre créations. La première s’annonce déjantée : le Romand Attilio Sandro Palese signera un dansant Fever inspiré du film La fièvre du samedi soir. Cinéma encore, à la racine du spectacle de Julie Duclos accueilli à la fin de février, Du pain et des Rolls, qui s’inspire de La Maman et la putain d’Eustache. Après sa tonitruante venue en 2012 avec Chute d’une nation, l’auteur-metteur en scène français Yann Reuzeau présentera en janvier Mécanique Instable, la chronique d’une entreprise rachetée par ses employés. Quant au Trublion José Lillo, il s’emparera le mois suivant du Rapport Bergier pour susciter, sur fond de montée des nationalismes, un débat qui, lors de la parution du texte, n’avait pas eu lieu. Enfin, pour clore le règne de Françoise Courvoisier avant que Mathieu Bertholet ne prenne le pas, Gérard Desarthe viendra avec Carole Bouquet composer le noir Ashes to Ashes de Pinter.

 

COMMUNIQUÉ
02/04/2014
 

Mesdames, Messieurs,
Chers Spectateurs,
Chers Partenaires,
Chers Amis,

J'ai le plaisir de vous annoncer que c'est l'auteur et metteur en scène valaisan Mathieu Bertholet qui a été désigné par la Fondation d'Art Dramatique de Genève pour me succéder, dès le 1er juillet 2015, à la direction du Théâtre. Je présenterai ma dernière saison au Poche le mercredi 21 mai à 19h.

Au plaisir de partager ce moment avec vous, je vous adresse, Madame, Monsieur, Chers Spectateurs, Chers Partenaires, Chers Amis, me plus chaleureux messages.

Françoise Courvoisier
et toute l'équipe du Poche

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